Chapitre 34

Chapitre 34
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Bêtéméchant nous a suggéré d'oublier que nous faisions une création littéraire : « Laissez votre imagination courir sur la page blanche. Partez à l'aventure ! Ouvrez-vous à l'inconnu. Allez à sa rencontre ! »

-
Où vas-tu, cette fois ? demande le prof à Ashley sur le point de quitter la classe.

- C
hez le dentiste. Traitement de canal.

- Si tu con
tinues, très chère, tu ne passeras pas l'année ! ajoute-t-il.

Elle dit : « Ouais ouais ! », l'air complètement dans les vapes, avant de refermer la porte derrière elle.

Ashl
wey commence à m'inquiéter sérieusement. Un matin, il y a deux semaines, elle a fait une entrée remarquée avec son look Marilyn Monroe. Depuis sa dernière métamorphose, elle sèche ses cours de plus en plus souvent et les raisons qu'elle donne tiennent de moins en moins debout.

Dès que
j'essaie d'aborder le sujet, elle se défile. Elle sait que je ne crois pas à ses prétextes, mais elle joue à faire semblant, même avec moi. Notre amitié nous glisse entre les doigts comme une poignée de sable fin et cela m'attriste. Je l'aime tellement, cette fille !

Et qu
i est cet oncle qui vient l'attendre dans sa Porsche rouge, à la sortie de l'école pour l'amener à ses rendez-vous chez le dentistes ou chez « sa tante malade » ?

Ash
ley me ment. Elle tolère ma psence dans la mesure où j'avale ses histoires de moins en moins croustillantes et de plus en plus indigestes.

Je
jette un oeil à la fenêtre. Mon amie court à la rencontre de son soi-disant oncle. Elle monte dans le bolide rouge. Elle a troqué son jeans pour une minijupe noire moulante et des souliers à talons hauts.

Là, si je ne reviens pas à ma création, c'est moi qui aurai des problèmes !

Je r
elies ce que j'ai écrit.

UN JOUR PAS COMME LES AUTRES

Il
faisait beau, ce jour-là. J'attendais l'autobus. Il se mit à pleuvoir. Je n'avais pas apporté mon parapluie même si ma mère me l'avait conseillé.

L'auto
bus arri


Complètement pourri. Je froisse ma feuille. L'heure avance. Laisser courir l'imagination sur la page blanche. Courir.

L'HOMME À LA PORSCHE

Il
avait la cinquantaine passée, une grosse bedaine et l'oeil mauvais. Sa passion : les jeunes filles en fleurs. Il ne les aimait pas mais se servait d'elles.

Sa pr
ochaine victime s'appelait Ashline, une rêveuse anonyme parmi tant d'autres. Sournoisement, il la briserait, à grands coups de rêves déguisés : des couteaux aux lames empoisonnés qu'il lui enfoncerait en plein coeur.

Nevassa, sa meilleure amie, pressentait le drame qui flottait au-dessus d'elle, tel un nuage de brume épaisse sur le point de l'envelopper. Un manteau taillé dans un tissus de mensonges.

Nev
assa aurait tant voulu arracher Ash des griffes de l'homme à la Porsche rouge.


- Sto
p ! Déposez vos stylos !

La voi
x de Bêtéméchant me fait sursauter.

Ma mai
n avait du mal à suivre les mots tellement ils couraient vite sur la page.

# Enviado em Domingo 16 Dezembro 2007 01:11

Chapitre 35

Chapitre 35

La nuit dernière, j'ai rêvé que nous étions à table, ma mère et moi. Malgré les traits de son visage adulte, maman avait la taille d'un bébé. Je lui avais préparé son petit déjeuner et l'aidais à manger avec une immense cuillère en or massif. Soudain, elle a pris le bol de nourriture avec l'intention de le lancer par terre. J'ai posé ma main sur son bras, très doucement, pour empêcher son geste et je lui ai fait remarqué la couleur de la bouillie : violet. Puis je lui ai chuchoté : « Tu ne dois pas gaspiller ce précieux aliment. » Ensuite, j'ai mis une main sur sa tête. Un grand frisson m'a traversée. Je pouvais voir, à l'intérieur de son cerveau, une ligne pointillée noire. J'ai dit alors à ma mère : « Ne t'inquiètes pas, je suis là. » Et je pensais : « Je ne dois pas l'affoler. » J'ai alors plongé ma main dans la bouillie violette et appliqué la substance gluante sur mon visage, en insistant sur mes paupières. À cet instant, j'ai eu conscience que j'étais en train de rêver.

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Au petit déje
uner, maman se plaint de maux de tête persistants. Je lui demande pourquoi elle ne consulte pas un médecin.

- C'est la
compagnie qui me sort pas les oreilles ! Avec toutes ses compressions budgétaires, nous devons multiplier nos tâches par trois.

Ma mè
re a maigri. Elle n'accorde plus autant d'importance à son maquillage.

À la mai
son, elle est moins maniaque de l'ordre. Souvent, elle s'en va sans faire son lit.

Encore ce matin, elle est partie sans me dire au revoir.

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À la première pause de l'avant-midi, je m'empresse de téléphoner à Nicole.
Je lui parle de mon rêve et je lui fais part de mes inquiétudes à propos de maman et d'Ashley. Elle m'écoute attentivement et me rappelle que je peux compter sur elle en tout temps.

Je suis perplexeen raccrochant. Nicole n'a pas dit : « Ne
t'en fais pas, voyons ! Ce n'est rien. » C'est ce que j'aurais voulu entendre.

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- Pourquoi tant de mystère, Vanessa ? Tu te lances dans l'espionnage ou quoi ? s'exclame Chad.

- Po
ur l'instant, ne me pose pas de questions, d'accord ? Si tu peux m'aider, tant mieux, sinon, je me débrouillerai autrement.

- En
fait, tu me demandes de manquer un labo de physique pour jouer les chauffeurs de madame ? ajoute-t-il, déçu que je ne veuille pas lui divulguer le secret de mon plan.

- Ch
ad, je ne te demanderais pas ce service si ce n'était pas très important !

Il choisit de me faire confiance, même s'il préfèrerait que je lui explique dans quelle galère je désire l'entraîner.

-
La confiance, c'est la première condition de l'amitié, non ? me dit-il en esquissant un sourire.

- Tu e
s vraiment sympa, Chad.

Il aj
oute :

- Je vais faire de mon mieux, mais je ne peux pas te garantir que ma mère acceptera de me prêter sa voiture.

L
a cloche sonne. Je m'apprête à quitter le café-étudiant pour me rendre à mon cours d'écologie. Chad retient mon bras :

- Une
dernière chose, Vanessa. Je suis content qu'il y ait une petite place pour moi dans ton polar. Vraiment, ça me touche ! Mais c'est dommage que tu n'aies pas suffisamment confiance en moi pour me mettre carrément dans le coup !

Nous n'
avons plus le temps de discuter. Il me téléphonera ce soir, pour me confirmer s'il aura ou non la voiture de sa mère.

En me
dirigeant vers la classe, je réfléchis à la remarque de Chad. Il a raison, chacun a droit à la confiance de l'autre. N'est-ce pas ce que je reproche à Ashley, depuis quelques temps, de me refuser la sienne ?

# Enviado em Terça 01 Janeiro 2008 01:45

Chapitre 36

Chapitre 36


Assis derrière le volant, Chad ronge son frein.

- Écoute, il est encore temps de changer d'avis. Tu n'as pas signé de contrat, lui dis-je.

À travers la grille clôturant East High, nous apercevons la Porsche rouge.

- Excuse-moi, Vanessa, c'est vrai que je ne me sens pas très à l'aise à l'idée de ...

Chad prend souvent le temps de peser ses mots avant de les prononcer.

- ... coincer... une amie.

- Mais tu as vu dans quel état elle est, notre amie ? Il ne s'agit pas de la coincer mais de lui prouver qu'on ne se fiche pas d'elle. À quoi servent les amis, s'ils ne sont pas là quand on est mal pris ?
Quand j'étais abattue, l'an dernier, que plus rien ne me faisait rien, que je me balançais de tout, même d'elle, Ashley ne m'a pas laissée tomber.

- Si elle avait besoin de nous, elle nous le ferait savoir, non ?

- Peut-être pas ! Je te l'ai dit, Chad, tu n'es pas obligé de m'accompagner. Je peux prendre un taxi.

La porte de l'entrée principale s'ouvre. Chad et moi, nous nous tapissons sur les banquettes de la Golf pour ne pas être démasqués.

Ashley sort et court à la rencontre de l'homme à la Porsche. Ça me fait froid dans le dos.

- Et moi, je t'ai dit que tu pouvais compter sur moi, alors allons-y ! fait Chad en démarrant.

- Garde tes distances pour qu'elle ne nous voie pas !

- Oui, chef !

Moi non plus je ne me sens pas vraiment en paix de faire cette chasse à ma meilleure amies. Mais c'est plus fort que moi, plus fort que tout : j'ai besoin de savoir ce qui fait fuir Ash. Je veux en avoir le coeur net et je l'aurai.

La Porsche se dirige vers le Rio Grande Bridge. Nous sommes à quelques mètres de l'île de la Visitation. Je n'y suis jamais retournée depuis la nuit où Zac m'a offert mon jonc, la veille de sa mort.

La Porsche continue de foncer à toute allure en s'engageant dans la sortie de l'autoroute. Nous entendons ses pneus crier.

- Ce type est complètement fou ! s'exclame Chad.

La Golf ralentit avant d'amorcer le virage :

- Excuse-moi. Vanessa, mais je n'ai pas envie de finir la journée à la morgue ! ajoute-t-il.

Nous arrivons dans un petit coin perdu de Los Angeles.

Un camion transportant un yatch s'interpose entre la Porsche et nous.

Nous avons perdu la Porsche de vue.

Je fais de mon mieux, me dit Chad.

- Je sais.

Le camion signale qu'il tournera à droite.

La Porsche est déjà stationnée. À droite.

Mon coeur capote.

Chad gare la voiture. Le silence se fige entre nous, comme de l'asphalte sous le soleil bouillant.

Il n'y a plus que cette enseigne sordide illuminée par des néons rouges, que ce mot clignotant :

CU
PI
DONNE

Je voudrais que Chad me parle, dise n'importe quoi, des niaiseries, pour faire taire l'horreur qui s'anime en moi.

CUPIDONNE

Un bar de danseuses nues. Ashley. À l'intérieur.

- Tu voulais savoir. À présent tu sais, me dit Chad, prêt à repartir.

Qu'est-ce qu'on fait, une fois qu'on sait ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? J'ai envie de crier, de frapper ma tête contre le pare-brise. Et cette douleur qui s'étire de tout son long dans ma poitrine ! L'arracher de moi. Arracher Ashley à cette horreur organisée. Ma main ouvre la portière. Chad retient mon bras.

- Laisse-moi !

J'ai parlé tout bas, à travers mes larmes qui n'en peuvent plus d'être ravalées.

Ashley ! Mon amie ! C'est mon amie !

- Il faut que j'essaie de la sortir de là, tu comprends ? Avant qu'il soit trop tard !

- Tu veux que j'y aille avec toi ? me demande Chad, le trémolo dans la gorge.

Je lui signale que non. J'essuie mon visage.

Essayer. C'est tout ce que je peux faire. C'est la seule certitude que j'ai.

Je descends de la voiture. Chad m'interpelle :

- Es-tu sûre que c'est une bonne idée ?

- Non ! Mais si je n'y vais pas, je resterai avec mon doute.

Mes pas. Le bruit de mes pas sur l'asphalte. Jusqu'à cette porte. Cette maudite porte à ouvrir.

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Voilà ! Vous savez enfin ce qui arrive avec Ashley... Je répète que ce n'est pas parce que je la déteste que je l'ai mis dans ce rôle, mais c'est arrivé comme ça... J'espère que vous ne m'en voudrai pas trop...
A+, Marie-Eve

# Enviado em Quinta 03 Janeiro 2008 00:24

Chapitre 37

Chapitre 37

- Fous le camp ! Sinon je t'arrache les yeux ! Et t'avise pas d'ouvrir ta grande trappe, parce que c'est la langue que je t'arrache ! me lance Ashley.

Elle
cache ses seins avec ses mains.

Ses paroles m'assomment. Je ne tiens plus sur mes jambes. Je dois m'appuyer, n'importe où, syntaxe ! Ma main agrippe le dossier d'une chaise. Je voudrais disparaître dans la fumée qui empeste cet endroit puant, infect et maudit. Ne pas voir ce que je vois : ces filles nues offertes aux regards pervers de vieux cochons ivres. Elles se tortillent devant eux. Pour leur plaisir.

- Fous-la dehors, Ron
y ! crie-t-elle, enragée, au portier.

L'armoire à glace accou
rt :

- T'as compris ce qu'a di
t Lilas ? Dehors ! À moins que tu veuilles nous montrer ta jolie viande ! me dit le gros porc avarié, en osant toucher ma nuque.

J'ai
envie de cracher sur son visage pourri, rouge et boursoufflé. Je crie :

- Touche-m
oi pas, sale doberman !

Le chi
en galeux m'attrape par le chignon du cou. Que je le veuille ou non, il va me jeter dehors ! Je cherche désespérément Ashley dans les yeux de Lilas. Elle détourne la tête.

Pr
ès de la porte, je croise l'homme à la Porsche rouge. Je sais que c'est lui. Son regard me dévaste. J'ai la chair de poule.

- V
iens, on rentre ! me dit Chad venu m'attendre à la sortie.

So
n bras entoure mes épaules.

Da
ns la voiture, je suis muette, défaite. Chad pose sa main sur mon bras avant de démarrer la Golf.

J'
ai honte d'avoir vu ce que j'ai vu. Honte de ressentir ce que je ressens : un mélange d'excitation, de grande tristesse et de dégoût.

Commen
t empêcher ces images de me poursuivre : derrière le paravent, les yeux démesurément brillant, les seins nus, Ashley s'apprête à retirer son cache-sexe devant un type qui pourrait être son père !

Je m
e sens impuissante ! Inutile ! Sale !

La tête, le coeur, les yeux me font mal, mal, mal !

# Enviado em Quinta 03 Janeiro 2008 11:07

Modificado em Quinta 03 Janeiro 2008 11:21

Chapitre 38

Chapitre 38

- Non, non et non ! Qu'est-ce qui se passe avec toi, Sara ? s'exclame Drew en déposant sèchement son texte sur le siège. Tu n'y es pas du tout ! Où est Juliette, hein ? Ça fait deux répétitions qu'elle file en douce. Ça suffit ! Nous n'avons plus une seconde à perdre ! Tu joues Juliettre ou tu vas rêvasser chez toi, branche-toi !

Ashley n'a pas remis les pieds à East High. Je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est ma faute.

- Sois un peu indulgente, Drew, Vanessa a eu un gros pépin dernièrement.

- Merci pour le conseil, Chad, mais tu me laisses travailler, d'accord ? On peut rester bien au chaud et se lamenter contre l'hiver ou s'habiller chaudement et sortir faire des bonhommes de neige ! Capitch ? Faire AVEC ! Ça ne veut pas dire ravaler ! Vous en arrachez ? Servez-vous-en pour créer ! n'oubliez jamais la règle d'or : the show must go on ! Le public n'attend pas, lui !

Drew s'approche de moi. Son regard s'adoucit. Sa voix aussi :

- Ça ne va pas ?

Je lui fais signe que non. Elle frotte mon dos. On dirait que le mouvement de sa main vient chercher ma tristesse.

La nuit dernière, un rêve m'a encore laissé un goût étrange. La terre était mauve. Ma mère et Ashley riaient aux éclats en courant devant moi. Je ne pouvais pas les suivre, mes pieds calaient dans le sol. Soudain, maman s'est retournée en me disant : « Deux fois ! Tu passeras deux fois par ce sentier avant de retrouver la route. » Puis elle a disparu. Ashley a cessé de rire et s'est mise à m'injurier.

J'ai le coeur au bord des larmes. Drew masse ma nuque et demande à Maxence Lemoine de se tenir prêt pour l'actre IV, scène I, réplique 26.

- Laisse sortir ta peine, Vanessa ! Et donne-la à Juliette. On a banni celui que tu as épousé en cachette et que tu aimes plus que tout au monde ! On veut te forcer à en épouser un autre. Ça te rend malade rien que d'y penser ! Pour l'instant tu es coincée et tu souffres à vouloir en crever ! Vas-y, Juliette !

Drew donne le signal à Maxence.

- Ah ! Juliette, je connais déjà ton chagrin, et il m'angoisse bien au-delà de mon entendement. Je sais que jeudi prochain, sans délai possible, tu dois être mariée au comte, me dit Frère Laurent.

- Ne me dis pas que tu sais cela, frère, sans me dire aussi comme je puis l'empêcher. Si dans ta sagesse tu ne trouves pas de remède, déclare seulement que ma résolution est sage, et sur-le-champ je remédie à tout avec ce couteau, lui dis-je en feignant de lui montrer le poignard.

- C'est bon ! Mais ça sera encore mieux, dit Drew. Allez, on reprend !

# Enviado em Quinta 03 Janeiro 2008 14:12