Bêtéméchant nous a suggéré d'oublier que nous faisions une création littéraire : « Laissez votre imagination courir sur la page blanche. Partez à l'aventure ! Ouvrez-vous à l'inconnu. Allez à sa rencontre ! »
- Où vas-tu, cette fois ? demande le prof à Ashley sur le point de quitter la classe.
- Chez le dentiste. Traitement de canal.
- Si tu continues, très chère, tu ne passeras pas l'année ! ajoute-t-il.
Elle dit : « Ouais ouais ! », l'air complètement dans les vapes, avant de refermer la porte derrière elle.
Ashlwey commence à m'inquiéter sérieusement. Un matin, il y a deux semaines, elle a fait une entrée remarquée avec son look Marilyn Monroe. Depuis sa dernière métamorphose, elle sèche ses cours de plus en plus souvent et les raisons qu'elle donne tiennent de moins en moins debout.
Dès que j'essaie d'aborder le sujet, elle se défile. Elle sait que je ne crois pas à ses prétextes, mais elle joue à faire semblant, même avec moi. Notre amitié nous glisse entre les doigts comme une poignée de sable fin et cela m'attriste. Je l'aime tellement, cette fille !
Et qui est cet oncle qui vient l'attendre dans sa Porsche rouge, à la sortie de l'école pour l'amener à ses rendez-vous chez le dentistes ou chez « sa tante malade » ?
Ashley me ment. Elle tolère ma présence dans la mesure où j'avale ses histoires de moins en moins croustillantes et de plus en plus indigestes.
Je jette un oeil à la fenêtre. Mon amie court à la rencontre de son soi-disant oncle. Elle monte dans le bolide rouge. Elle a troqué son jeans pour une minijupe noire moulante et des souliers à talons hauts.
Là, si je ne reviens pas à ma création, c'est moi qui aurai des problèmes !
Je relies ce que j'ai écrit.
UN JOUR PAS COMME LES AUTRES
Il faisait beau, ce jour-là. J'attendais l'autobus. Il se mit à pleuvoir. Je n'avais pas apporté mon parapluie même si ma mère me l'avait conseillé.
L'autobus arri
Complètement pourri. Je froisse ma feuille. L'heure avance. Laisser courir l'imagination sur la page blanche. Courir.
L'HOMME À LA PORSCHE
Il avait la cinquantaine passée, une grosse bedaine et l'oeil mauvais. Sa passion : les jeunes filles en fleurs. Il ne les aimait pas mais se servait d'elles.
Sa prochaine victime s'appelait Ashline, une rêveuse anonyme parmi tant d'autres. Sournoisement, il la briserait, à grands coups de rêves déguisés : des couteaux aux lames empoisonnés qu'il lui enfoncerait en plein coeur.
Nevassa, sa meilleure amie, pressentait le drame qui flottait au-dessus d'elle, tel un nuage de brume épaisse sur le point de l'envelopper. Un manteau taillé dans un tissus de mensonges.
Nevassa aurait tant voulu arracher Ash des griffes de l'homme à la Porsche rouge.
- Stop ! Déposez vos stylos !
La voix de Bêtéméchant me fait sursauter.
Ma main avait du mal à suivre les mots tellement ils couraient vite sur la page.
