Chapitre 29

Chapitre 29

En mettant les pieds dans la maison, je m'écrie :

- Maman ! Maman ! J'ai le rôle !

Syntaxe qu'il fait noir ici ! J'allume. Ma mère dort sur le divan, avec son imper encore sur le dos.

Je marche sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller.

- Vanessa, c'est toi ? fait-elle, la voix enrouée.

Je revie
ns sur mes pas. Elle lève la tête, s'appuie sur un coude.

-
Mon Dieu, c'est fou ! Je me suis endormie, dit-elle en retirant son manteau.

-
Syntaxe que tu es pâle !

- Je
dois couver une grippe. Et tout ce boulot, ces temps-ci ! Je n'ai pas une minute à moi ! Toi, ça va ?

Je fais
un gros oui de la tête en criant presque :

-
Devine quoi ?

- Mon
Dieu que tu es énervée !

- Juliette, c'est moi !

-
Juliette ? demande-t-elle, intriguée.

-
Oui ! Juliette de Roméo et Juliette !

- Je ne te suis pas !

Évid
emment, je ne lui en avais pas parlé !

- On monte la pièce à l'école et tu sais quoi ? J'ai trouvé ma vocation : je serai comédienne !

- T
iens donc...

Mo
i qui m'attendais à des « C'est fantastique ! », à des « Je suis fière de toi, ma fille ! », je frappe mon noeud !

- Tu t
e rends compte, maman, de ce que je viens de t'apprendre ?

- Oui, V
anessa. C'est très bien. As-tu faim ? Je vais préparer des pâtes. Je suis crevée, tu ne voudrais pas mettre l'eau à bouillir ?

Quel est
le comble de la débandade ? Annoncer à sa mère qu'on a trouvé sa vocation et s'entendre demander de faire bouillir de l'eau ! Pourquoi pas se faire cuire un oeuf, tant qu'on y est ?

C'
est moi qui vais bouillir si je reste là !

J'ai en
vie de partager ma joie ! Pas de la ravaler !

*************************************


Je refer
me la porte de ma chambre, m'empare du téléphone et me laisse tomber à plat ventre sur mon lit. Je décroche le combiné. Syntaxe ! Je ne connais pas son numéro. Je raccroche.

Je
cherche mon carnet d'adresses dans le fouillis de mon sac à dos.

Je
n'aime pas ranger mes affaires. Je n'aime pas les chercher non plus !

Je f
inis par secouer le sac de toile : une pluie de miettes de vieux biscuits, de bouts de mines et de mousses tombe sur ma couette fraîchement lavée. De quoi faire rager ma mère, en trois dimensions et en Dolby Stéréo !

Où e
st-ce que j'ai foutu mon carnet, syntaxe ?

... Su
r la table de chevet ! A-t-on idée aussi de s'en servir comme sous-verre !

-
Allô, Nicole ?

- Vanessa ! Quelle belle surprise !

- Éco
ute, j'ai du mal à tenir en place ! En fait, je suis folle comme un balai ! dis-je en ramassant les miettes de biscuits avec mes doigts. Es-tu bien assise ?

- V
oilà qui est fait !

- Ton
petit doigt ne t'a rien dit, par hasard ?

- Oui,
que ma filleule m'appellerait pour m'annoncer qu'elle jouera Juliette !

La
réponse de Nicole me stupéfie.

-
Eh bien, dis à ton petit doigt qu'il a frappé en plein dans le mille !

- Ça
ne m'étonne pas ! Vanessa, c'est fantastique ! Je suis fière de toi ! Et mon petit doigt ajoute que tu vas faire un malheur !

- Syntaxe que tu es fine ! Bon, je te laisse, il faut que j'annonce la bonne nouvelle à Ashley ! Je t'embrasse.

- Moi
aussi, Vanessa. À très bientôt !

Je raccr
oche le combiné et m'écrie en crachant les miettes : « YARK ! » J'ai pris ma bouche pour une poubelle, tellement je suis énervée !

***************************************


Lorsq
u'elle apprend que je me suis présentée à l'audition, Ashley me crie au bout du fil :

- J'en tombe en bas de ma chaise !

Si
elle ne me répète pas dix fois : « C'est super-au-boutte-de-toutte-mais-j'en-reviens-pas-pantoute ! » elle ne le dit pas une fois.

Ell
e ajoute :

- J'
en connais un qui doit être content !

Je l
a traite de langue sale et lui dis :

- À demain !

Je su
is perplexe en raccrochant. Visiblement, Ashley était dé au courant de la nouvelle. Sinon elle n'aurait pas dit : « J'en connais un qui doit être content ! »

Mais p
ourquoi a-t-elle feint la surprise quand je lui ai annoncé que je serais Juliette ?

***************************************


Là, j'ai faim en syntaxe !

Mon
ventre crie famine. Je crie à ma mère :

-
Est-ce que c'est prêt ?

Elle ne ré
pond pas. Je relance la question.

Pas de r
éponse.

Je décide
d'aller voir de près.

Il fait n
oir à la cuisine. Pas d'eau qui bout sur le feu ni de mère à l'horizon.

Elle s
'est rendormie sur le canapé, emmitouflée dans son imper. Ce n'est pas dans ses habitudes de piquer un somme ; deux, c'est déjà très louche.

# Enviado em Quarta 21 Novembro 2007 22:11

Chapitre 30

Chapitre 30

Ce matin je voudrais rapetisser. Avoir cinq ans. Me faire bercer, border, raconter des histoires.

J'ai
encore taché mes draps pendant la nuit. Mes règles irrégulières me jouent immanquablement des tours.

Vi
te, avaler au plus sacrant deux comprimés de Motrin IB avant d'être complètement dévastée par ces épouvantables douleurs menstruelles.

J'e
nvie Ashley. Réglée comme une montre suisse, elle ne souffre d'aucun symptôme, ni physique ni émotionnel.

Aujour
d'hui, jour 3, jour chargé ! Premier cours de l'avant-midi : français, avec nul autre que le très baveux Bêtéméchant. Je ne sais toujours pas si je peux piffer ou non ce prof !

Ça
y est, syntaxe ! Je commence à avoir mal au ventre !

**************************************


En
allant porter mes draps au lavage, je remarque que la porte de chambre de ma mère est fermée. Or il est huit heures trente.

J'ouvre.
Maman dort. Je lui dis :

- T
u prends congé, aujourd'hui ?

Pas de r
éponse. Je m'approche d'elle et la secoue légèrement. Elle ouvre les yeux et regarde son réveille-matin.

- Sincicroche ! J'ai une réunion avec le conseil d'administration à neuf heures moins quart !

El
le se lève du lit sans me voir et se précipite dans sa penderie.

Wil
lie saute en bas du lit. Depuis quand ma mère dort-elle avec mon chat ?

***************************


- Salut, Juliett
e !

Chad m'a fait sursauter.
Ça le fait rire, moi pas ! Il s'en aperçoit et prend les devants pour ouvrir la porte de l'auditorium.

- La galanteri
e, ça n'excuse pas tout, je sais ! me dit-il en m'invitant à entrer la première.

Je me
surprends à lui répondre :

-
Ah, Roméo ! Ta gentillesse et ton honnêteté me désarment !

- Eh que tu es belle quand t
u souris ! ajoute-t-il.

Il es
t très convainquant ! Je rosis.

- Excusez-moi ! fait Drew B
arymore en courant derrière nous, dans l'allée centrale. Je ne pensais jamais arriver à temps ! Panne sèche sur la métropolitaine en pleine heure de pointe ! Faut le faire ! Enfin... Bon, tout le monde est là ? fait-elle en jetant un oeil à la troupe.

Chad s'in
stalle dans la deuxième rangée. Je vais m'assoir à côté de Nénette Dumouchel, en avant. La bouche pleine, elle jure que ces caramels hollandais super fondants l'entraînent directement dans le nirvana !

- Go
ûtes-y ! insiste-t-elle en me tendant le paquet.

J'hés
ite. Le sucre, c'est fatal quand on est menstruée.

- N
on merci !

Drew marche devant nous, les mains dans les poches de son blouson de cuir noir :

- Aujourd
'hui, j'aimerais que chacun d'entre vous exprime la vision qu'il a de son personnage. Comment vous l'imaginez, le sentez, d'accord ? Mais d'abord, je vous trace un petit portrait de l'auteur. Vous saviez qu'il avait aussi été comédien ?...

Ell
e parle de Shakespeare comme une fille amoureuse par-dessus la tête du gars qu'elle aime.

J
e sens un regard posé sur moi : celui de Chad. Il est bien gentil, le futur Roméo, mais ses grands yeux toujours braqués sur moi commencent à m'agacer royalement !


# Enviado em Domingo 25 Novembro 2007 16:46

Chapitre 31

Chapitre 31

Dernièrement, j'ai grandi de trois centimètres et pris quatre kilos. Mes pieds étouffent dans mes bottines et mes vêtements me pètent sur le dos. Mes seins grossissent à une allure folle ; les soutiens-gorges de ma mère me font. Pour mon anniversaire, elle me renouvelle ma garde-robe. Ce n'est pas un luxe mais une nécessité ! Avant-hier, à la piscine, il m'a semblé que tous les gars de la classe reluquait mon imposante poitrine. Rupert Grint m'a glissé à l'oreille que j'avais de belles boules. Une chance qu'il ne l'a pas crié sur tous les toits pour prendre sa troupe à témoin ! Je n'osais plus sortir de l'eau tellement j'étais gênée !

A
ujourd'hui, 4 octobre, j'ai 18 ans et j'arrive en retard à ma répétition. L'annulaire de ma main gauche est enflé. Au début, je n'y ai pas prêté attention. Incapable de retirer le jonc que Zac m'avait offert, la veille de sa mort, j'ai dû me rendre à la bijouterie comme on va à l'urgence.

Le bijo
utier est obligé de le couper avec des pinces.


- Ne t'inquiètes pas, tu ne sentiras rien !

Cet
homme ne connaît pas la valeur sentimentale de cet anneau pour parler ainsi ! J'ai l'impression que c'est mon coeur qu'il va trancher !

Le son dé
tone dans mes oreilles. Violemment. CLIC !

- Voi
là, ma belle, c'est fini ! me dit-il en me montrant le jonc, brisé.

Je m'empress
e de lui demander s'il peut le réparer.

- Bien s
ûr. Une petite soudure et le tour est joué, répond-il.

Rassurée,
je lui demande de l'agrandir un peu.

Le bijout
ier grimace légèrement :

- Impos
sible, cet anneau est beaucoup trop mince. Je peux le rapetisser cependant.

Il c
onstate mon désappointement :

-
Tu n'auras qu'à le porter à ton petit doigt ! ajoute-t-il, comme si ça allait de soi.

- Ce n'est
pas pareil !

-
Je le soude ou pas ? demande-t-il en pinçant son menton pour me signaler son impatience.

Je ne
sais pas quoi lui répondre. Je lui dis que je vais réfléchir.

Il dépose m
on jonc dans une petite boite, entre deux carrés d'ouate, et me la tend.

En
quittant la bijouterie, j'ai un gros pincement au coeur.

*****************************


L'auditori
um est vide. Aucune note sur la porte ne mentionne que la répétition est annulée. Bizarre.

Je
m'apprête à rebrousser chemin quand soudain le choeur entame :

« Ma chèr
e Nessa
C'est à ton tour
De te
laisser parler d'amour... »

Cachée derrière le rideau, la troupe sort de sa cachette en continuant de chanter.

Les y
eux trempés, je rejoins ma gang.

-
Yé ! Aujourd'hui on mange le dessert avant le plat principal ! crie Nénette.

Chad v
ient vers moi en me présentant la magnifique mousse au chocolat illuminée de feux de Bengale.

- Inutile
de souffler, le voeu est garanti ! me dit-il.

- C'est Hila
ry qui l'a fait ! ajoute Nénette en pointant son doigt vers le gâteau.

- Mais c
'est Chad qui a fait les courses ! dit Hilary.

Je suis v
raiment très surprise d'apprendre qu'Hilary Duff a cuisiné mon gâteau d'anniversaire.

- Bo
nne fête, Juliette ! ajoute Lady Duff-Capulet en m'embrassant sur les joues.

- On y goûte à ce chef-d'oeuvre ? Je n'en peux plus, moi, de le regarder ! C'est un vrai supplice ! s'exclame Nénette en me tendant un couteau, une spatule et une pile d'assiettes en plastique. Allez, coupe ! Coupe !

Au grand
désespoir de Nénette, Drew me remet une carte d'anniversaire au nom du groupe. Je dois la lire à haute voix :

À notre Juliette préférée,

Nous te s
ouhaitons une longue carrière remplie de succès. Nous sommes tous et toutes convaincu(e)s de ton grand talent de comédienne. N'oublie surtout pas : THE SKY IS THE LIMIT.

Bonne fête
!

On signé
en ce quatrième jour d'octobre :
Roméo, Nourrice, Lady Capulet, Mercutio, Frère Laurent, Tybalt, Montague, Capulet, Lady Montague, Le Prince, Paris, Drew...


- Je
t'avertis, Juliette, si tu ne coupes pas ce gâteau immédiatement, je vais poigner les nerfs à deux mains, s'impatiente Nénette.

Je m'empresse d
'exécuter l'ordre de cette chère nourrice, mais le premier morceau lui passe sous le nez. Je l'offre à Lady Capulet.

*********************************


De retour à
la maison, j'ai un peu de mal à ne pas déchanter.

Papa m'a en
voyé un chèque, des bises et une invitation pour New York par la poste. J'aurais apprécié un coup de fil, même s'il est allergique au téléphone.

Nicole m'offre un s
ouper dans le meilleur resto végétarien de la ville et une heure de super-détente dans un bain flottant. « Cela permet de retrouver la béatitude du foetus dans le ventre de sa mère, en présumant que celle-ci soit détendue, bien sûr ! » m'a dit ma tante.

Ashley a oubli
é mon anniversaire.

# Enviado em Segunda 03 Dezembro 2007 10:52

Chapitre 32

Chapitre 32

Avant de commencer ce chapitre, je dois vous dire que dans les chapitres qui vont suivre, Ashley n'aura pas une très belle, comment dire, réputation... En tout cas, vous allez le savoir en le lisant, mais ce n'est pas parce que je n'aime pas Ashley, mais le personnage qu'elle joue dans la vraie histoire est comme ça... Donc, ce n'est pas du tout personnel si Ashley est comme ça dans l'histoire... Merci de bien vouloir comprendre, Marie-Eve

P.S.: A
ussi, je voudrais savoir si quelqu'un serait capable de me faire un montage ou un gif avec Nessa et Chad Murray... Merci d'avance...

**********************************************************************


- J'ai couc
hé avec lui, hier soir. Je te jure, Vanessa, il baise comme un dieu ! s'exclame Ashley.

-
Ça baise comment un dieu ? J'ai du mal à l'imaginer !

Baiser. Ce mot m
e rebute, mais je garde cette pensée pour moi. Ashley me trouve romantique, idéaliste, sainte-nitouche et vieux jeu; ça n'altère en rien notre complicité puisque nous nous foutons la paix avec nos visions du monde et de l'amour.

- Et
tout à coup, il s'est mis à m'embrasser entre les cuisses, poursuit-elle, sans gêne, dans le brouhaha de la cafétéria.

Ava
nt de rentrer dans les détails, elle ferme les yeux quelques secondes et fait mine de frissonner. Je la soupçonne de prendre davantage de plaisir à raconter ses aventures (de plus en plus croustillantes) qu'à les vivre.

- Ça s'appelle cunnilingus.

Je lui signale qu'elle ferait une sacrée prof de sexo, mais elle ne m'entend pas.

-
Là où ça se gâte, c'est après. On a rien à se dire. On se roule les pouces. S'il n'y avait pas la télé, on parlerait de la pluie et du beau temps ! Mais ses mains ! Ah ! ses mains, je t'assure qu'elles en disent long ! Et toi, quoi de neuf ?

Je
commençais à croire qu'elle avait oublié ma présence.

-
Je travaille mon rôle...

A
shley me coupe aussitôt la parole :

- O
uais, depuis que tu fais partie de cette troupe, il n'y en a plus que pour Juliette !

-
C'est vraiment fascinant de créer un personnage, lui dis-je.

- Oh, moi, tu sais, je fais ça tout le temps ! déclame-t-elle.

Nou
s éclatons de rire ; parce qu'elle n'a pas tout à fait tort. Déguisée aujourd'hui en Moyenne-Orientale, demain elle se fera rockeuse, hippie ou bourgeoise outremontaise. Avec Ashley, on ne sait jamais à qui « s'attendre » ! Surtout ces temps-ci ; mais ça n'a rien à voir avec son habillement. J'ai de plus en plus souvent l'impression qu'elle est là sans y être. Même si elle parle, parle, parle.

-
Ma mère m'a fait une de ses crises, ce matin ! J'avais piqué le demi-buste noir en dentelle qu'ekke venait d'acheter dans une boutique super chic, sur la 5e avenue...

-
Salut, les filles ! Je peux vousranger une minute ?

-
Roméo en personne ! Dérange-nous quand tu voudras ! Je suis sûre que Juliette n'y voit aucune inconvénients ! Hein, Juliette ?

J
e lui lance un regard signifiant : « Holà-les-nerfs-la-mère ! »

As
hley hausse les épaules puis rapproche une chaise en signalant à Chad qu'elle est pour lui. Il s'assoit et se penche vers moi :

-
En fait, Vanessa, comme Drew nous l'a suggéré, on a intérêt à préparer nos scènes ensemble en dehors des rétitions. Je te propose qu'on le fasse chez moi après les cours. Ma mère travaille se seize heures à minuit, on aura l'espace et la paix. Qu'est-ce que tu en dis ?

Qu'e
s-ce que j'en dis, qu'est-ce que j'en dis... J'éprouve un vague malaise à l'idée de me retrouver en tête-à-tête avec Chad. Je ressens surtout un grand plaisir à me glisser dans la peau de Juliette.

- OK.

Chad se lève, l'air pressé.

- Tu m
anges pas, Chad ? demande Ashley.

-
Jamais avant un examen de chimie. Les grandes illuminations ne frappent que les estomacs vident ! Vanessa, on se rejoint au café-étudiant à quinze heures quarante-cinq ?

- D'accord.

A
shley le regarde s'en aller.

- C'est tout deme un fichu de beau gars, tu ne peux pas le nier ! me dit-elle.

- J
e ne le nie pas.

- Il a des petites fesses bien rondes comme je les aime ! En plus, il est intelligent ; ça ne nuit pas ! poursuit-elle en soupirant.

J'aj
oute :

-
Et gentil.

- Tu
l'as remarqué ! Vanessa Hudgens, tu viens de grimper d'un barreau dans l'échelle de mon estime ! s'exclame Ashley.

Évidemment, elle me rappelle que Chad avait presque réussi à lui briser le coeur, il y a deux ans :

- Dieu sait que je lui ai rôdé autour ! J'ai tenu pendant des mois dans mon rôle de fille réservée, hyper-sensibilisée par les grandes causes écolo ! Mais peine perdue ! Je ne suis pas son genre !

Elle a
prononcé la dernière phrase en me dévisageant.

- Qu'
est-ce que tu veux, il préfère les saintes-nitouches inaccessibles !

D
ans la bouche d'Ashley, une telle remarque est dénuée de méchanceté. C'est sa façon à elle de dire que je n'aurais qu'à lever le petit doigt pour voir Chad se jeter à mes pieds.

Je ne lè
verai pas le petit doigt.

- Il fau
dra bien que tu te déniaises, un de ses quatre !

- As
hley, je ne suis pas niaiseuse !

-
Mais tu ne sais pas ce que tu manques !

- S
i, justement !

Z
ac aurait pu être ici, avec nous, dans cette cafétéria de polyvalente. J'aurais laissé son regard me pénétrer jusqu'au fond de l'âme. J'aurais été impatiente que la cloche annonce la fin du dernier cours pour pouvoir le rejoindre, l'embrasser, longtemps et doucement. J'aurais pu...

-
On va faire un tour dehors ? demande Ashley.

Je fai
s oui de la tête.

Nous ra
massons nos plateaux et allons dans la cour. Ashley m'entraîne derrière un bosquet et allume un pétard, comme elle dit.

- Tu
en veux ? me demande-t-elle.

- No
n merci. Je ne sais pas comment tu réussis à suivre le prof de math après avoir fumé un joint.

-
Qui a dit que je suivais ? réplique-t-elle.

# Enviado em Domingo 09 Dezembro 2007 17:32

Chapitre 33

Chapitre 33
[font=Helvetica][size=14px]

D
es photos de Chad, accrochés au mur, me rappellent que je suis chez lui pour répéter la cinquième scène du premier acte de Roméo et Juliette.

J
e n'arrive pas à entrer dans la peau de mon personnage.

-
... permettez à mes lèvres, comme à deux pèlerins rougissants, d'effacer ce grossier attouchement par un tendre baiser, me dit le jeune inconnu en prenant ma main.

Mal
à l'aise, je la retire.

- Va
nessa, qu'est-qui se passe ?

- À
propos du baiser...

- Qu
oi le baiser ?

- Ce
n'est pas vraiment nécessaire qu'on s'embrasse aujourd'hui. Il y a suffisamment de répliques à travailler sans...

Aus
si bien mettre les cartes sur table :

-
Écoute, Chad, j'aime autant que tu le saches, avec moi, tu perds ton temps !

-
Ça c'est toi qui le dit ! réplique-t-il en me souriant légèrement, l'air un peu trop sûr de lui.

C
had me tourne le dos puis se retourne aussitôt.

-
Vanessa, je vais te dire ceci juste une fois : je ne te cacherai pas que ce que je ressens pour toi m'aide énormément à nourrir mon personnage. Je sais qu'il y a un fantôme entre nous, et je respecte ça. Si un jour tu t'aperçois que tes sentiments vont dans le sens que je souhaite, fais-moi signe, d'accord ?

Je
suis bouche bée. Mais qu'est-ce qui me prend de lui lancer :

-
Il y a tellement de filles disponibles qui rêvent de ses faire un petit ami !

C
had m'interrompt en haussant un peu la voix :

- J
e ne veux pas UNE fille ! Tu m'intéresses, TOI ! J'ai envie de te connaître, TOI !... Mais je ne suis pas pressé !

Mon
malaise ne se volatilise pas.

- Et
surtout, tu n'as pas à t'en faire parce que tu me plais, ce n'est pas ta faute ! ajoute-t-il sur un ton beaucoup plus léger.

No
us éclatons de rire. Je n'ai pas du tout envie de sortir mes griffes. Chad ébouriffe mes cheveux :

- On se remet au boulot ? fait-il.

J'ac
quiesce en fermant les yeux.

Nous ne sommes plus à Montréal, au XXIe siècle, mais en pleine Renaissance, à Vérone. Je ne m'appelle plus Vanessa Hudgens mais Juliette Capulet. Ce soir, mon père donne une grande fête. Le garçon en face de moi n'est pas Chad Michael Murray mais l'un de nos invités.

I
l porte un masque. Je ne le connais pas.

Il
me regarde. Je ne réussis pas à détourner les yeux. J'essaie, mais je n'y arrive pas. Son regard me trouble. JE n'ai pas ressenti le centième de ce que je suis en train de vivre quand j'ai rencontré Paris, le gentilhomme que je dois épouser.

J
e ne vois plus l'inconnu masqué. Je le cherche, discrètement mais désespérément.

Il
est à quelques pas de moi. Je suis bouleversée. Il retire son masque. Je devrais m'enfuir. Il se rapproche. Je reste là.

Il pren
d ma main. Je ne la retire pas.

-
Si j'ai profané avec mon indigne main cette châsse sacrée, je suis prêt à une douce pénitence : permettez à mes lèvres, comme à deux pèlerins rougissants, d'effacer ce grossier attouchement par un tendre baiser, me dit-il.

Je sens
que je pourrais tout lui donner. Je sais que je lui donnerai tout.

So
n visage se penche sur le mien. Mon coeur fait trois tours dans ma poitrine. Je rougis.

À l'instant même je redeviens Vanessa Hudgens et il n'est pas question que Chad Michael Murray m'embrasse !

# Enviado em Quinta 13 Dezembro 2007 12:17

Modificado em Quinta 13 Dezembro 2007 12:33