Dans la salle d'attente, la femme fait les cent pas, le visage ravagé par l'inquiétude, les yeux terriblement cernés.
Un homme arrive, essoufflé, un sac de voyage à la main, qu'il s'empresse de déposer sur une chaise. Il peigne ses cheveux avec ses doigts et se frotte le menton, l'air anxieux.
Il n'a pas cessé de courir depuis qu'elle lui a téléphoné.
Il a sauté dans le premier avion. Puis il a pris un taxi à l'aéroport de Los Angeles.
- Il y a du nouveau ? demande-t-il à la femme.
- Non, rien ! répond-elle en se mordant les lèvres.
Je sais que cet homme et cette femme sont mes parents. Pourtant, je me sens tout aussi détachée d'eux que du corps de leur fille, branché à une respirateur au service des soins intensifs.
Je ressens le poids de leur peine et de leur inquiétude, mais je n'en souffre pas. Je ne peux rien pour eux, sinon vivre paisiblement l'amour que je leur porte.
Je me tourne vers Zac. Je lui souris.
- Je dois maintenant gagner la lumière, Vanessa. Et toi seule peut me permettre de la franchir.
- Comment ?
- En acceptant de me laisser partir.
- Et si je traversais la lumière blanche avec toi, nous serions ensemble, à jamais ! Comme Roméo et Juliette !
- Tu es libre de le faire, Vanessa, mais...
Il s'interrompt.
L'éclat de lumière diminue légèrement puis s'intensifie de nouveau.
- Vanessa, crois-tu vraiment avoir achevé ton parcours sur terre ?
La lumière vacille.
Qu'est-ce qui me retient, là-bas, à part Willie, Shakespeare et Pat Metheny ?
Je fixe la limite de la lumière blanche : tout mon être se sent appelé par elle.
Je n'aurais qu'un pas à faire.
- Monsieur et madame Hudgens... Je suis vraiment désolé pour votre fille, dit le médecin en touchant l'épaule de ma mère.
Elle s'écroule de douleur dans les bras de mon père, qui frappe l'air d'un coup de poing.
- Je m'excuse de vous brusquer, mais nous avons un receveur...
Un pas. Un tout petit pas et je n'aurais plus à traîner le poids de la vie, là-bas, dans ma carcasse étroite.
Le front en sueur, mon père signe d'une main tremblante la formule d'autorisation pour la transplantation de mon coeur.
Ma mère pousse un grand cri de désespoir en m'appelant :
- VANESSA ! VANESSA ! NESSA !.......
Zac m'incite à repartir :
- Là-bas, dans quelques minutes, il sera trop tard.
Le temps n'existe pas ici. Une seconde ou l'éternité, c'est du pareil au même.
Dans un couloir de l'hôpital, on transporte le corps de Vanessa Hudgens jusqu'à la salle d'opération.
Zac s'éloigne tout doucement.
À la limite de la lumière blanche, il se retourne.
Son regard me pénètre avec une intensité infinie. Je suis l'amour que je reçois de lui.
Il traverse la lumière.
Il est parti. Il est à l'intérieur de moi.
Un pas. Un tout petit pas pour le rejoindre.
Sur la table d'opération, le chirurgien s'apprête à ouvrir le corps de Vanessa Hudgens.
Je suis libre de franchir ou non cette limite.
Un pas. Un tout petit pas.
Retourner là-bas ? Pourquoi ?
Un pas. Un tout petit pas. Et j'oublierai qu'une enveloppe charnelle m'attend là-bas.
- VANESSA ! VANESSA ! NESSA ! ...
Pourquoi ?
Pour faire quoi ?
UN pas.
- NESSA ! NESSA ! VANESSA ! ...
Il y a une voix en moi ! Très douce, comme une étincelle pour éclairer ma route : « Raconte cette histoire ! »
Je ne suis pas Shakespeare ni Juliette. Je suis Vanessa Hudgens.
Mais si je ne rentre pas dans ce joli petit corps sur le point d'être charcuté, qui pourra évoquer l'histoire de ZAC et VANESSA ?
La lumière blanche ? J'aurai l'éternité pour la découvrir !


