Chapitre 17

Chapitre 17

L'année scolaire tire à sa fin. Année passée dans la brume. Je ne sais pas encore si j'aurai à la reprendre et ça ne me fait ni chaud ni froid.

Et cet été devant moi, à combler de je ne sais quoi ! À traverser comme un grand vide sans fin, un long tunnel noir-noir-noir. Ça ne me fait ni chaud ni froid.

Ashley part un mois en croisière dans les Antilles, avec sa famille. Elle me manquera, même si, le plus souvent, elle joue à la mère avec moi.

Mon père a une petite amie, une Anglaise d'Angleterre, aux petits oignons avec lui : Rosamund. Jeune, jolie, very gentille. Trop. Elle en est achalante.

Lui, il a rajeuni de dix ans. Je ne le reconnais plus. L'air heureux, il semble décidément se plaire à New York.

J'y suis allée deux fois, deux fois pour constater qu'il est heureux sans nous.

Moi, il m'arrive même de me remémorer avec nostalgie les chicanes de mes parents.

Les derniers temps, maman faisait remarquer à papa combien le chat était affectueux, LUI!

- Effectivement, je l'envie, le maudit chat ! Il peut t'approcher, LUI ! Mais moi, si j'essaie, tu sors tes griffes ! répliquait-il, de plus en plus furieux.

Et maman d'ajouter :

- Tu aurais tout intérêt à observer Willie, au lieu de le maudire ! Tu saurais peut-être t'y prendre et, moi, je serais la première à ronronner !

À ce moment-là, mon père se mettait à siffler.

Depuis qu'il nous a quittées, ma mère m'appelle « mon poussin ». Et je vous jure qu'elle prend son rôle de couveuse au sérieux !

# Posté le jeudi 25 octobre 2007 12:19

Modifié le lundi 09 mars 2009 21:29

Chapitre 18

Chapitre 18


- Vanessa !... Ce n'est rien...

- Il était là ! Dans le champ ! Je n'avais qu'à sauter la clôture... il me tendait la main... mais... je ne pouvais pas bouger !...

- Mon poussin, tu as fait un mauvais rêve. Ne t'inquiète pas, je suis là !

- ... j'étais incapable de faire un pas...

C'est la nuit. Je suis dans les bras de ma mère, trempée de sueur de la tête aux pieds.

J'éclate en sanglots.

- On aurait juré qu'il était là ...

Ma mère me berce en caressant mon front mouillé :

- Ton père te manque beaucoup, n'est-ce pas ?

- Ce n'était pas mon père ! ... C'était Zac !

Ma mère desserre son étreinte et m'incite à me recoucher en ramenant le drap sur moi.

- Essaie de te rendormir, me dit-elle. en étirant son bras vers ma lampe de chevet.

Le bruit du verre qui bascule me fait tressauter. Je m'appuie sur mes coudes pour constater le dégât. Accroupie, ma mère ramasse ce qu'elle a fait tomber :

- Ta chambre est un vrai bordel aussi ! ne manque-t-elle pas de me rappeler en déposant le verre, mon ipod, mon coffret à crayons et la reliure dans laquelle je garde le...

Je le vois, tombé à côté du lit : le portrait que Zac a fait de moi.

Je dis à ma mère, sur le point de le prendre :

- Non, laisse !

Je le range moi-même.

- Je retourne dormir, essaie d'en faire autant ! me dit-elle en quittant ma chambre.

J'éteins la lumière.

Le sourire de la fille du portrait me reste dans la tête, me fait mal : mon sourire de l'été dernier.

********************************

Aujourd'hui je me sens complètement engourdie, comme si je ne parvenais pas à sortir du sommeil.

Je traîne au lit, longtemps, le plus longtemps possible.

Je me lève parce que j'ai trop envie de pipi que ça ne peut plus attendre.

Le miroir de la salle de bains me confirme que l'apparence n'est pas trompeuse : j'ai les traits tirés et le visage bouffi.

Je me dirige vers le réfrigérateur, en sors machinalement le contenant de crème glacée au chocolat, m'en sers un gros bol et décide d'aller manger au salon.

Au moment où j'étends mes pieds sur la table en verre, mon regard se pose sur un livre qui traîne depuis des mois. Malgré son obsession de l'ordre, ma mère n'a pas osé le ranger.

Mon père le lisait les derniers temps : Les Songes en équilibre d'Anne Hébert.

Je l'ouvre au hasard.

En vain dans mon coeur
Je guette
Il ne passe rien,
Rien que la pluie,
Que la brume.
[...]
La brume s'étend
Par-dessus les champs
Chaleur blanche
Lumière blanche.


Je referme le livre, étrangement troublée. Je me lève et marche jusqu'à la fenêtre en baie. J'appuie mon front sur la vitre en répétant le dernier vers à voix haute : « Lumière blanche. »

Je frappe mon front contre la fenêtre.

Dehors, Chad Efron lance un ballon dans le panier.

Je ne sens rien.

*****************************************

- Franchement, mon poussin ! Tu ne vas pas passer l'après-midi écrasée devant la télé par un temps pareil !

- Chut !

Elle me tape sur les nerfs ! Elle m'achale. Elle m'énerve !

- Il fait un soleil superbe...

- M-E-R-D-E ! Si MOI j'ai envie de regarder un film !

- D'accord ! Te fâche pas ! (puis elle ajoute pour elle-même : « Ce qu'elle peut être soupe au lait ! »)... Je vais faire des courses avec Lily et David.

- C'est ça !

Je pense : « Bon débarras ! »

Je presse la commande de lecture du lecteur DVD.

Juliette est sur son balcon, en robe de nuit. Roméo escalade le mur jusqu'à elle. Ils se jurent un amour éternel.

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Occupée à son arrangement de fleurs séchées, la fleuriste ne me voit pas.

Je finis pas m'annoncer en toussant.

- Oh, pardon ! Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

- Je voudrais un lys, s'il vous plaît.

- Très bien, me dit-elle en déposant la gerbe de petites fleurs mauves.

Elle ouvre le grand réfrigérateur où sont les fleurs, prend un lys et revient derrière le comptoir.

Elle essaie de me passer le plus rabougri.

- Je préférerais celui qui est complètement à gauche. Non, pas celui-là ! Le plus grand !

Expéditive, elle l'emballe dans du papier transparent et enregistre le prix sur la caisse.

- Je pourrais avoir une petite carte, aussi ?

- Évidemment, mam'selle !

Mam'selle toi-même, vielle pimbêche !


# Posté le jeudi 25 octobre 2007 13:16

Modifié le lundi 09 mars 2009 22:01

Chapitre 19

Chapitre 19
La fin de l'après-midi baigne dans un soleil aveuglant. Sous le vent, les arbres se secouent comme des chiens mouillés.

Le lys tremble entre mes doigts : je frissonne. C'est la première fois que je mets les pieds ici...

Les battements de mon coeur s'accélèrent. Je dois faire des efforts pour avaler ma salive tellement ma gorge est serrée.

Je voudrais... Je voudrais avoir le courage de franchir cette grille. Mais l'idée de chercher son nom gravé dans la pierre parmi toutes ces tombes me rend malade.

Et ce bourdonnement dans les oreilles ! Ce maudit bourdonnement !

Je m'aggrippe à un barreau de la grille. Je dois me parler à voix haute :

- Vas-y, Vanessa ! Tu es capable !

Aujourd'hui, tout me pousse à venir sur sa tombe : le rêve de la nuit dernière, l'extrait du livre d'Anne Hébert ouvert au hasard, alors que ce livre était sous mes yeux depuis des lunes, et ce film, Roméo et Juliette ! J'avais besoin de le revoir ! Aujourd'hui ! Sans penser qu'aujourd'hui c'était l'anniversaire de Zac.

- Vas-y ! Vas-y !

J'avance, à petits pas, dans ce cimetière où mon amour perdu dort à jamais.

Chaque pas, un coup de couteau dans les souvenirs qui déboulent !


- Et qu'est-ce qu'ils font, entre ciel et terre, ces deux-là ?
- Ils dansent. Et ils s'aiment.


- J'ai dit «je t'aime», Vanessa Hudgens !
- Non... tu... tu n'as pas dit Vanessa !


- N'oublies jamais que je t'aime. À la vie, à la mort !


Nous somme le baiser que nous nous donnons, un baiser tout mouillé, unique.


C'est une rue à sens unique.
Juste un bourdonnement... épouvantable bourdonnement... elle n'avait pas le droit d'être là, l'auto !
Rien pu faire... je n'ai rien pu faire...


- Minou Chéri, écoute... je ne sais pas comment dire ces choses-là à une petite fille...


Des noms défilent. Les noms d'inconnus. Mes souvenirs me poursuivent dans ces allées de pierres tombales.

Et ce bourdonnement dans les oreilles...


Sur sa tombe... Lily recueillie. Elle tient la main de David.

Je reste en retrait.

David se penche sur un bouquet de roses rouges. Il en cueille une. Lily fait un mouvement de la main. Il embrasse la fleur, puis la dépose à côté de la gerbe.

Lily se retourne et m'aperçoit. David reprend la rose et la cache derrière son dos, me suppliant du regard de ne pas le dénoncer. Lily dit qu'il peut la garder.

- Bonjour, Vanessa, me dit-elle en s'approchant de moi.

Sans rien ajouter, elle m'embrasse sur les joues et me serre très fort contre elle.

J'ai le motton (boule dans la gorge).

- Viens, David.

L'enfant marche à reculons de façon à me voir. Lily l'entraîne, sans se retourner.

Je suis seule à présent à quelques mètres de la tombe, avec mon lys.

Je m'avance en évitant de lire l'inscription.

Je regarde le bouquet de toses au pied de la pierre. Il en manque une. Il en reste dix-huit. Zac aurait eu dix-neuf ans aujourd'hui.

Je lève les yeux :

Ici repose en paix notre fils aîné bien-aimé.

Je relis l'inscription. La relis, pour apprivoisier ce nom aimé, gravé dans la pierre : ZAC EFRON.

Je m'agenouille sur le gazon, face aux roses. Retire le papier transparent. Dépose ma fleur et la petite carte signée Vanessa.


Je sursaute, effrayée par un bruit : l'emballage du lys emporté par le vent. Je me lève pour aller le ramasser. On dirait un oiseau qui a du mal à prendre son envol.

Il finit par se poser au pied d'un chêne immense, après s'être heurté au tronc.

Je me penche pour le prendre. Quelqu'un passe derrière moi et me frôle le dos. Je ne bouge pas, je retiens mon souffle.

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Juste pour vous dire que je sais que la fête de Zac est le 18 octobre, mais faites comme si c'était en plein été pour le bien de l'histoire.

# Posté le dimanche 28 octobre 2007 17:04

Modifié le lundi 09 mars 2009 22:02

Chapitre 20

Chapitre 20

Le cimetière plonge dans une lumière d'une telle brillance qu'elle m'aveugle complètement.

J
e m'appuie sur le chêne. Mon dos glisse le long du tronc, comme si on m'avait coupé les jambes...

Je
me mets à trembler.

Mon souffle ralentit. J'ai de plus en plus de mal à respirer, comme si une main invisible essayait de m'étrangler.

Des
larmes glissent sur mes joues, comme des lames tranchant ma peau.

Pou
rtant, malgla violence de la sensation, je n'ai pas peur...

Sa
silhouette se dessine.

Je ressens une bouffée de chaleur intense.

I
l est, devant moi.

Je reprends peu à peu mon souffle.

Il est , devant moi : Zac.

J
e regarde paisiblement son beau visage.

Son sourire m'apaise. Son regard m'inonde d'une joie sans nom.

C
ela devrait durer éternellement.

-
Bonjour, Vanessa !

S
a voix. De la douceur pure.

Il me tend la main, une main invitante. Oh ! Oui ! Être touchée, caressée, aimée par elle ! Oui ! Oui ! Oui !

Je
me lève. Et me précipite à sa rencontre.

Je suis à quelques pas.

Sa silhouette s'efface doucement, comme les mots sur un tableau d'ardoise disparaissent sous les coups d'une brosse.

Je ne vois plus rien : ni le cimetre ni le chêne. Il n'y a que cette lumière trop scintillante ! Et cette voix à l'intérieur de moi que j'entends clairement : « Non, tu n'as pasvé ! »


Es
t-ce que je suis en train de basculer dans la folie ?


J
e suis complètement perdue.

-
Non, tu n'as pas rêvé !

Je
l'entends ! Il me parle !

-
Mais où es-tu, syntaxe de merde ?

-
Vanessa, calme-toi !

-
Je t'en supplie, Zac, reviens !

- V
anessa ! Ressaisis-toi, pour l'amour !

La giffle résonne dans mes mâchoires. Le regard affolé, ma mère me secoue pas les épaules.

-
Mais qu'est-ce que tu fais encore ici, à cette heure-là ?

L
a lumière a disparu. Serge a disparu. Ma mère m'aide à me relever. Lily lui a dit m'avoir croisée ici en fin d'aps-midi.

Il fait très noir tout à coup.

Je tousse. J'ai froid.

-
Tu as de la fvre. Allez, viens !

Je la suis, jusqu'à sa voiture, jusqu'à la maison, jusqu ma chambre.

Elle dit qu'il y a un méchant virus dans l'air. Je dois l'avoir attrapé.

Elle installe l'humidificateur à côté de mon lit.

E
lle dit que ça arrive parfois, quand la fvre est trop forte, on lire...

Elle prend ma température. Je n'en fais pas.

# Posté le mercredi 31 octobre 2007 17:18

Modifié le lundi 05 novembre 2007 22:15

Chapitre 21

Chapitre 21

J
e m'appelle Vanessa Hudgens. J'ai dix-sept ans. Je suis couchée dans mon lit. C'est la nuit. Et moi je l'entends ! Il me parle ! Mais où est-il?

L
e rejoindre. Je veux le rejoindre.

Et cette lumre qui s'immisce à présent, comme si le soleil se levait tout à coup dans ma chambre, à minuit pas !

- Respire, Vanessa ! La respiration, c'est la clef du passage !

Je respire !

- Maintenant, concentre-toi très fort sur la lumière !

Je me concentre : ce n'est pas trop difficile, je ne vois qu'elle !

E
lle s'intensifie. Encore et encore. Puis elle s'infiltre en moi, doucement.

Je
suis bien. De plus en plusgère, comme une plume d'oiseau portée par la brise.

Si
gère, tout à coup !

-
Viens, Vanessa !

Oh
, oui !

Il m'invite à le rejoindre. Je meve et marche vers lui.

Il est là, devant moi. Il ne s'enfuira pas.

La lumre ne m'aveugle plus. Elle est blanche, blanche et licieusement attirante.

Je bouge comme jamais je n'ai bougé, comme si j'avais porté jusqu'ici un manteau trop petit et qu'enfin je l'enlevais.

Je tourne la te. Sur le lit, j'aperçois mon corps, inerte comme un cadavre.

F
ascie, je le regarde et cela ne m'effraie pas. Je me sens aussi détachée que de n'importe quel objet meublant la pièce.

J'ai l'impression de flotter. Il n'existe pas de mots pour crire la sensation. Il n'y a pas de mots de toute façon. Dans cette dimension, ils sont inutiles.

J
e nage dans l'éther d'azur et d'or :

-
Je suis tellement bien ici. Tellement bien.

- Tu ne dois, en aucun cas, franchir la limite de la lumière blanche. Sinon tu oublierais qu'une enveloppe charnelle t'attend-bas ! me dit-il.

Un
courant d'une intensité infiniment douce me traverse toute entière.

Qu
elque part, dans la dimension terrestre, deux ambulanciers roulent en direction d'unpital.

À l'arrière, une femme d'une trentaine d'années, en pleurs. À côté d'elle, le corps d'une adolescente nommée Vanessa Hudgens.

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 17:38

Modifié le lundi 05 novembre 2007 22:14