Chapitre 13

Chapitre 13


Après cette fin d'été dégueulasse, l'automne se faufile en douce.

Puis un matin, je n'ai plus de larmes à verser sur mon amour perdu.

Il me reste un portrait, un jonc et un air de Pat Metheny, Are you going with me, pour me rappeler que je n'ai pas rêvé ni l'amour ni la mort. Et des panneaux publicitaires aux quatre coins de la ville, sur lesquels on peut lire en gros et en large : LA SOIF DE VIVRE. Et pour illustrer ce slogan destiné à faire vendre du lait, pour illustrer surtout l'ironie de la vie, le très beau dessin de Zac.

Voir affichés en public ce gars et cette fille se tenant par la main, entre ciel et terre, me donne un choc à chaque fois. Je trouve ça indécent, comme si on avait étalé notre histoire au grand jour mais pas pour les bonnes raisons.

Je ne pleure plus, c'est vrai, mais je n'arrête pas de penser à lui. Où que j'aille, quoi que je fasse, je pense à LUI.

On a beau me jurer que le temps finit toujours par tout arranger, je n'y crois pas. Quelque chose s'est brisé en moi, quelque chose qui ne se répare pas.

J'ai de plus en plus l'air d'un squelette ambulant. Je ne mange presque pas, sauf de la crème glacée au chocolat.

Je traîne ma peau d'un jour à l'autre, du moins ce qu'il en reste.

J'assiste à mes cours, tant bien que mal. Plutôt mal. Le soir, je m'enferme dans ma chambre, le store baissé, les yeux fermés. Branchée à mon ipod, j'écoute Are you going with me à tue-tête. Ça me rentre dedans. Puis vient le moment où je ne sens presque plus rien, juste les notes qui m'égratignent l'intérieur, une à une.

Mes parents s'inquiètent pour moi. Ils ne savent plus où donner de la tête. Ils disent que ça les rend fous de ne pas pouvoir communiquer avec moi. Je leur dis de me laisser tranquille.

Une fois, j'ai lancé à ma mère :

- Moi aussi je suis morte !

Elle s'est mise à me secouer comme une poupée de chiffon, pour me bercer ensuite comme un bébé, en pleurant.

J'étais encore plus croche de la voir dans cet état. Alors je ne dis plus rien. De toute façon, je n'ai plus rien à dire.

Elle, par contre, n'a pas capitulé. Elle essaie de me parler. Elle essaie aussi de se taire. Rien n'y fait. Elle a même téléphoné à un psychologue, mais je ne veux pas aller le voir.

Je veux juste qu'on me foute la paix. Tout ce qu'il me reste de mon beau roman d'amour, c'est mon souvenir. Je ne tiens pas à ce qu'on me l'arrache. Ce n'est pas une dent cariée ! Mais ça, mes parents, même s'ils le voulaient, ils ne pourraient pas le comprendre. Eux, alors qu'ils sont ENSEMBLE et EN VIE, ils s'entretuent à petit feu avec des mots blessants. Zac et moi, nous sommes peut-être morts, mais notre histoire est faite de mots doux, de caresses, de longs baisers mouillés, de frissons. De larmes aussi.

- Syntaxe ! Tu m'as fait peur !

J'ai crié en sursautant.

- J'ai frappé au moins treize coups pourtant ! me dit mon père en retirant mes écouteurs.

- ...

- Tu sais que ça affecte énormément ton ouïe d'écouter de la musique aussi fort ?

- Oui, oui ...

- Il sera un peu tard pour y penser le jour où tu seras sourde, ma belle !

- Si c'est pour me faire la morale que tu es là, aussi bien t'en aller ! Y a assez de ma mère sans que tu t'y mettes...

- C'est bon, c'est bon ! De toute façon, ce n'est pas pour ça que je suis ici.


Il me regarde en souriant, l'air mystérieux. Il attend sans doute que ma curiosité se réveille et que je m'empresse de lui demander l'objet de sa visite.

- Vanessa... J'ai une surprise pour toi !

- Ah...


Éternel optimiste, il ne se laisse pas abattre par mon manque d'enthousiasme flagrant, pour ne pas dire chronique.

- Venez avec moi, jolie jeune fille !

Je l'aime bien, mon père, mais syntaxe ! qu'il m'agace quand il fait semblant de ne pas me traiter en bébé !

- Tu ne veux pas me ...

- Viens, je te dis ! fait-il en déposant mes écouteurs sur le lit.


Il me prend par la main. Je le suis jusqu'au salon.

Au centre de la pièce, sur le plancher de bois, une boîte en carton.

- Qu'est-ce que tu attends ? Va l'ouvrir ! insiste-t-il.

Tapie dans un coin de la boîte, un petite boule grise, poilue. On dirait du velours.

- N'aie pas peur, il ne te mangera pas !

Je le sais bien ! Ce n'est pas la peur qui m'empêche de bouger mais la surprise.

Mon père quitte la pièce sur la pointe des pieds. J'avance lentement ma main vers le chaton bleu-gris. Je caresse sa tête, doucement. Il lève les yeux vers moi, en remuant un peu. Puis il se lève sur ses petites pattes et vient se frotter contre mon bras.

Je sens mes yeux rouler dans l'eau. Je le prends. Minuscule, il tient dans ma main.

Je penche mon visage sur lui, sans cesser de le caresser, puis je colle mon nez sur le dessus de sa tête. Il ronronne. Je frotte mon front contre son petit corps laineux, sans chercher à freiner l'émotion qui m'envahit. Cette toute petite boule ronde, vivante, me donne envie de pleurer.

Des scènes du film Roméo et Juliette me traverse l'esprit. Puis le nom du grand dramaturge : William Shakespeare. William...

Je soulève le menton de mon nouveau compagnon et, c'est plus fort que moi, je lui souris :

- Salut, Willie !

# Posté le jeudi 11 octobre 2007 15:45

Modifié le mercredi 20 août 2008 19:44

Sondage !!!!

Sondage !!!!
Allo tout le monde, je fais un petit sondage pour savoir si vous voulez, après la lumière blanche, avoir la suite, car il y a quatre parties à cette histoire....

Si oui, dites-moi si vous la voulez dans le même blog et si vous voulez que je continue avec vanessa, zac, ashley, monique, etc. ou si vous voulez que je prenne les vrais noms des persos...

J'attends vos réponses.... et vous ferez part de ma décision un peu plus tard....

À vos claviers....

Marie-Eve

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Voilà, je vous fais part des résultats du sondage... Je continue l'histoire avec les personnages habituels et laisse tomber l'idée de vous réécrire la vraie histoire...
Merci beaucoup de votre participation, Marie-Eve

# Posté le samedi 13 octobre 2007 16:10

Modifié le mercredi 20 août 2008 19:52

Chapitre 14

Chapitre 14
- J'ai fait attention de ne pas inviter Hilary exprès pour toi ! insiste Ashley en tirant sur ses bas.

Je m'en balance, de Hilary Duff !


- On verra !

- Si tu veux, j'appelle Monique !

- Elle, quant à moi...

- Quoi ? Il s'est passé quelque chose ?

- Non, justement ! Il ne se passe plus rien... Mais je m'en fous !

- D'accord, je n'en parle pas à Monique, mais toi tu me promets d'être fidèle au rendez-vous ? ...

Nous gelons comme des crottes au coin de la rue, sous les premiers flocons de neige acides.

- Vanessa, je te parle !

- J'ai dit : on verra !

En une fraction de seconde, le visage d'Ashley s'assombrit. Syntaxe ! Qu'elle a le don de me jouer sur les cordes sensibles, celle-là !

- Dis oui..., s'acharne-t-elle avec douceur et conviction.

J'hésite. Je n'ai pas vraiment envie de voir du monde, mais être là ou ailleurs, c'est du pareil au même.

- ... OK!... Mais c'est bien pour te faire plaisir !

Son regard s'éclaire comme si elle avait deux ampoules de cent watts allumées à la place des yeux.

- Et tu sais qui sera là ? fait-elle en me prenant les mains et en sautillant presque sur place.

- Non.

- Chad Michael Murray !

- Connais pas !

- Voyons ! Il est trésorier de l'association étudiante ! Il est surtout beau comme un coeur et sympa comme tout !

- Ah...

Ça me fait pas un pli qu'il soit beau comme un coeur ni ...

- Ça reste entre nous, mais je sais de source sûre qu'il te trouve de son goût.

- Ah oui...

- Je te jure ! Ça lui plaît vachement ton côté... sauvage, rebelle, mystérieux, inaccessible, quoi !

- Ah !

- C'est tout l'effet que ça te fait ?
s'exclame-t-elle, très désappointée par mon peu d'emballement.

- Y a pas à dire, à part décevoir les gens autour de moi, je ne vois vraiment pas ce que je fais.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ! Je m'en balance comme de l'an quarante, comme dirait mon père !


Ashley se prend la taille à deux mains et pince un peu les lèvres en expirant très longuement pour bien marquer son exaspération :

- Merde, Vanessa Hudgens ! À part ton chat, ta crème glacée au chocolat et ton guitariste fétiche, y a vraiment rien qui te fait rien !

- Tu l'as dit !


Je lui ai parlé un peu trop sèchement mais je n'ai pas le temps de revenir sur mes pas, elle enchaîne :

- Je continue d'espérer qu'un bon matin tu vas te réveiller, SYNTAXE DE MERDE !

- Syntaxe de merde toi-même ! Tu parles comme ma mère et tu sais à quel point elle m'énerve !


Ashley s'approche de moi en posant sa main sur mon épaule :

- Tu es mon amie, Nessa ! Mon amie, comprends-tu ? À force de te renfermer... tu es complètement déconnectée ! Et merde ! tu commences à me faire peur !

- Des fois, je me fais peur à moi aussi, tu sauras...


Ma réplique lui cloue le bec. Un certain malaise se glisse entre nous, comme un secret trop grand pour l'espace disponible.

- En tout cas, si tu viens à mon party pour me faire plaisir, j'espère que tu t'amuseras , dit-elle doucement en resserant sa main sur mon épaule.

- On verra ...

- Bon, il faut que j'y aille. Je garde ma soeur ce soir : c'est le prix à payer pour avoir la maison à moi demain ! Tu te rends compte, pas de parents à l'horizon pour nous espionner ! Ça va être un party super-au-boutte-de-toutte !


L'autobus est arrivé. Ashley y monte en se retournant pour me saluer.

J'ai le temps d'entrevoir, au-dessus de la banquette avant, le célèbre slogan de lait : LA SOIF DE VIVRE !

Je ne pense plus qu'à une chose : bouffer de la crème glacée.


**********************************


J'aurais une petite question à poser concernant mon histoire. Pour le nouveau personnage qui entrera en scène et qui reviendra dans les autres parties, qui voulez-vous avoir dans son rôle.

Voici les résultats :

Chad Michael Murray 62% (21 Votes)
James Lafferty 26% (9 votes)
Daniel Radcliffe 12 % (4 votes)
Tom Felton 0% (0 vote)
Lucas Grabeel 0% (0 vote)

Donc, le grand gagnant est Chad Michael Murray.... Il entrera dans mon histoire dès le prochain chapitre.
À la prochaine, Marie-Eve

# Posté le dimanche 14 octobre 2007 22:36

Modifié le lundi 09 mars 2009 21:23

Chapitre 15

Chapitre 15
- Tu ne veux toujours pas danser ?

- Non.


Pour la deuxième fois, je décline l'invitation de Chad Michael Murray.

Ce soir, j'ai fumé ma première cigarette, sans m'étouffer. Je ne peux pas dire si j'aime ou pas.

Ashley ressemble à une abeille avec son maillot rayé jaune et noir. Et elle butine, sans perdre de vue son rôle d'hôtesse.

Je sirote ma troisième bière de la soirée ; la tête me tourne un peu et je m'emmerde.

Je parle très peu, à très peu de gens. On me le rend bien.

Je n'ai rien à dire et je commence vraiment à me demander ce que je suis venue faire ici. Surtout pas me faire achaler par Chad Michael Murray ! Je me fous complètement de lui, il revient à la charge. Une vraie mouche !

Chad la mouche ! Chad la mouche ! Je me le répète dans ma tête et je trouve ça très drôle. Ça doit être la bière qui commence à me jouer des tours.

J'éclate de rire toute seule dans mon coin. Je dois avoir l'air vraiment déconnectée, comme dit Ashley.

Tiens, en parlant d'elle... la voilà qui se laisse embrasser par Lucas Grabeel. Elle avait pourtant un oeil sur James Lafferty. Chère Ashley. Ashley L'Abeille ! Chad La Mouche ! Y a pas à dire, c'est la soirée des insectes ! Ah merde ! j'ai renversé une grosse gorgée de bière sur la belle blouse de ma mère ! Elle ne sera pas du tout contente, ma maman ! Parce qu'elle travaille très fort pour se payer de la soie pareille ! Et moi, je ne suis même pas foutue de faire attention comme elle me l'a demandé au moins trois fois ! Je suis décidément une fille ingrate.

Bon, et si j'essayais maintenant de trouver à quel moustique je ressemble ? Heu... sûrement pas à une fourmi ! Ce serait plutôt le genre de ma mère : débrouillarde, travaillante, organisée. La vraie fourmi de la fable.

Je ne suis pas non plus une cigale. J'ai peut-être ses défauts, c'est vrai, je suis de plus en plus paresseuse comme elle et j'aime beaucoup la musique mais juste pour l'écouter. J'ai abandonné mes cours de piano tellement je suis paresseuse, même si ça brise le coeur de mon gentil papa !

Donc, je ne suis même pas une cigale. Surtout que je chante comme un pied ! Je suis quoi alors ? ... Ça y est, j'ai trouvé : un maringouin. Je pique et ça démange !


- Cette fois, tu ne peux pas me refuser !

Qui a dit ça ? Oh, mais c'est Chad La Mouche !

- Enchantée, moi c'est Vanessa Maringouin !

- Qu'est-ce que tu dis ?

- Rien, rien...


Ça doit être l'effet de l'alcool. Chad La Mouche entraîne Vanessa Maringouin, qui le suit... sans piquer !

C'est un slow. Un slow très lent. Une vieille chanson des années soixante-dix : Stairway to heaven. Un escalier pour le ciel...

Je ferme les yeux. J'appuie ma tête sur son épaule. L'épaule de Zac... Il caresse mon dos. Je frissonne. Je veux des frissons, encore des frissons. Il me serre contre lui.


- Je te trouve de mon goût, tu sais.

Pourquoi a-t-il fallu qu'il ouvre la bouche ? Je me raidis. Je danse avec La Mouche. Je suis un maringouin.

- Pas moi.

Je ramollis. C'est sûrement à cause de la bière. Il continue de caresser mon dos. Je continue de frissonner. Je n'ai même pas la force de reculer.

- Il est tellement triste, ton regard. Pourquoi il est si triste, hein ?

Et toi, pourquoi tu ne te contentes pas de danser avec un maringouin ?

- Laisse tomber ...

- Laisser tomber quoi ? demande-t-il, sérieux comme un pape.

- Y a rien à laisser tomber parce que y a rien ! Et je ne sais même plus ce que je dis. J'ai trop bu ... Tu ne trouves pas qu'Ashley a l'air d'une abeille ?


Ma voix a tremblé, un tout petit peu mais elle a tremblé quand même, syntaxe !

- Pourquoi es-tu si triste ?

- J'ai une peine d'amour.

- Le gars t'a plaquée ?

- Si on veut.

- Comment ça, si on veut ?

- On s'aimait !... C'était pas de la camelote... Ah non ! Le grand amour ! Le vrai de vrai, tu comprends ?

- Pas vraiment, mais pourquoi ça a cassé, alors ?

- On a pas cassé !... L'espèce de sale con est arrivé... à toute vitesse !... Zac n'a pas eu le temps... l'imbécile lui a foncé dessus. Je n'ai rien pu faire. L'auto était déjà là et je n'ai rien pu faire. Une rue à sens unique.... et je parle trop. J'aurais pas dû boire autant.

- Tu sortais avec Zac Efron ?


La chanson continue, mais ce n'est plus un slow. Et on est là, toujours enlacés, alors qu'autour de nous ça saute comme des sauterelles.

Je lui tourne le dos. J'ai l'impression d'avoir enfin retrouvé mes esprits.


- Eh, attends !

- Je rentre chez moi.

- Si tu veux, je te raccompagne.

- Pas la peine, ma mère va venir me chercher.

- Ça me ferait plaisir.


Pourquoi est-ce que je ne le pique pas un fois pour toutes ? Syntaxe ! Je ne suis même pas un vrai maringouin !

- Oh merde !

- Qu'est-ce que tu as ?

- Un peu mal au coeur !

- Viens ! Contre le mal de coeur, y a rien de tel que d'aller prendre l'air !


Je ne rouspète même pas et je le laisse me guider.

Dans les bras de James Lafferty, les cheveux ébouriffés et le regard halogène, Ashley nous aperçoit et me tape un clin d'oeil qui n'échappe pas à La Mouche à feu.

Elle n'a absolument rien compris, la pauvre abeille !

# Posté le mardi 16 octobre 2007 14:39

Modifié le lundi 09 mars 2009 21:23

Chapitre 16

Chapitre 16

- Ça ne t'engage à rien de sortir un peu avec lui pour te changer les idées ! Juste pour te changer les idées !

- Arrête de m'achaler avec ça, OK ! De toute façon, Ashley Tisdale, s'il y en a une qui ne peut pas comprendre, c'est bien toi !

- Qu'est-ce que tu veux dire ?
fait-elle, l'air intrigué.

Je le dis ? Je ne le dis pas ?

- Toi, tu changes de gars presque aussi souvent que de petites culottes !

Loin d'être blessée par ma remarque, elle esquisse son beau sourire de grande conquérante avec de revenir à la charger.

- Et toi, sainte Vanessa, qu'est-ce que tu comptes faire ? Sacrifier ta vie à la mémoire d'un défunt ? C'est bien triste, mais il est mort, ton beau Zac ! Mort et enterré ! Que tu te laisses dépérir n'y changera rien !

- Est-ce que je pourrais finir de manger mon sandwich en paix ?


Ashley a dans la tête de me faire oublier Zac dans les bras de Chad Michael Murray.

Chad Michael Murray s'acharne à vouloir me faire sortir de ma torpeur (de mes gonds, oui !) en essayant de me convaincre de m'engager dans l'association étudiante.

Ma mère s'arrache les cheveux depuis qu'elle a trouvé une cannette de bière dans mon sac à dos.

Mon père, aussi découragé, fait des pieds et des mains pour ne pas me le faire sentir.

Le seul, parmi tous ces êtres vivants, à ne rien tenter désespérément pour que je change, c'est mon chat !

- Au moins si tu mangeais ! me dit Ashley en pointant le doigt vers mon sandwich abandonné après une bouchée.

- Quand j'ai besoin de parler, Willie m'écoute, lui ! Sans faire de chichi !

- Quand tu as besoin de parler, c'est à ton chat que tu te confies ! Pas à moi ! réplique mon amie, un soupçon de tristesse dans la voix.

Ashley me regarde avec insistance, et beaucoup de douceur au fond des yeux. Je sais qu'elle n'ajoutera rien. Elle attends que je me livre, au moins un peu.

- Ça ne va pas trop bien dans ma tête.


Ashley pose sa main sur le mienne en disant :

- J'aimerais ça t'aider, Vanessa ! Mais je ne sais pas quoi faire !


Je pense : « Tu n'es pas la seule ! »

Sauvée par la cloche, je froisse ma serviette en papier puis la lance en visant l'assiette. Elle heurte le plateau et retombe sur la table.

Nous traversons la cafétéria en silence.

À la sortie, Ashley me dit à voix basse :

- Merde pour ton examen d'histoire !


Elle croise les doigts. Je hausse les épaules, nonchalamment.

Je n'ai pas révisé les notes que je n'avais pas prises de toute façon !

***********************************

- Écoute, Vanessa, ton père et moi avons pris une décision.

J'ai à peine le temps de laisser tomber mon sac à dos. Pas encore digéré l'examen.

Ils sont là tous les deux, assis l'un à côté de l'autre, démesurément calmes, ce qui est en général alarmant.

J'enlève lentement mes bottines et mes bas humides.

Je les vois venir : ou je m'incline et j'accepte de rencontrer le psy en question ou on me flanque en famille d'accueil. Mais ça ne peut plus continuer comme ça !

- Ça ne pouvait pas continuer comme ça éternellement, tu comprends ? fait mon père d'une voix presque inaudible.

- Ce sera mieux pour nous trois, ajoute ma mère sur un ton plus convaincant, mais sa main tremble.

Merde ! Qu'ils arrêtent de tourner autour du pot et me parlent franchement !

- Vous me flanquez dehors, c'est ça ?


- Mais qu'est-ce que tu dis là ! s'exclame ma mère en s'efforçant visiblement de sourire.

Mon père se lève et fait quelques pas à côté du divan. Je regarde ses pieds. Willie vient s'y frotter en miaulant. Papa le repousse d'un léger mouvement de jambe, puis revient s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil d'en face en se frottant le menton.

Maman saisit machinalement un livre sur la table et le retourne entre ses doigts en toussotant.

Les secondes sont longues. Je prends Willie sur mes cuisses. Il se roule sur moi en ronronnant à tue-tête.

- Ta mère et moi avons décidé de nous séparer... J'ai une chance d'avancement inouïe... à New York.

New York. Il a dit New York.

- Ça ne marchait plus entre nous, dit l'un.

- Depuis tellement d'années déjà...


Tellement d'années que je ne me rappelle pas que ça ait jamais collé entre eux !

Ma mère gardera la maison et les meubles : Vanessa incluse !

Je me lève en disant :

- Ah ! bon...

Je leur jette un regard tout neuf, comme si c'était la première fois que je voyais le couple qu'ils formaient.

J'ai les jambes toutes molles.

AÏE ! Willie s'amuse à enfoncer ses griffes dans mon bras.

- Arrête ! Syntaxe de merde ! Ça fait mal !


New York. C'est loin, New York. Le bout du monde. Mon père là-bas. Moi ici, toute seule avec ma mère.

Et quoi encore ?

# Posté le jeudi 18 octobre 2007 13:46

Modifié le lundi 09 mars 2009 21:24