Chapitre 4

Chapitre 4
Décidément, Monique en a long à dire. Mais à qui ? Ça fait quatre fois que j'appelle chez elle et c'est toujours occupé. À quoi ça sert de posséder un joli téléphone vert dans sa chambre si on a juste une amie et qu'on ne peut jamais lui parler ?

- Vanessa ? Zac demande si tu veux pratiquer tes lancers de punitions, me crie ma mère du salon.

On sait bien, son frère cloué au lit par le rhume, il pense à m'inviter ! Tu sauras, Zac Efron, que je ne suis le bouche-trou de personne !

- Non ! Ça me tente pas !

Bon, ça y est ! Elle va même se donner la peine d'interrompre sa querelle quotidienne avec papa pour essayer de me faire changer d'idée. Ça m'achale !

Elle frappe discrètement à ma porte, sur laquelle il est pour écrit : PAS DE COLPORTEURS !


- Quoi ?

Elle entre, sourit, fait un pas :

- Voyons, Vanessa, tu aime ça, le basket-ball ! Pourquoi tu n'y vas pas ?

- Ça me tente pas !

- Un peu d'exercice ne te ferait pas de tort, insiste-t-elle. Tu passes de plus en plus d'heures cloîtrée dans ta chambre ; ce n'est pas très sain !

- J'ai dit non ! N-O-N, NON ! C'est pas du chinois, à ce que je sache !


Elle sort sa dernière carte :

- Ce garçon est tellement gentil, pourquoi es-tu si distante avec lui ?

Je ne réponds pas.

- Il te chamboule à ce point-là, Minou Chéri ? dit-elle en amorçant un pas vers moi.

Je la fusille du regard. Elle se heurte à mon silence : barrière à ne pas franchir ! Elle referme la porte derrière elle, l'air découragé.

Ce garçon est tellement gentil ! Pouah ! Je ne sais pas comment j'ai pu le trouver beau une seule fraction de seconde ! Il est laid comme un pou ! D'accord, ce n'est pas une laideur. En tout cas, il m'énerve ! Toujours super poli, extra calme, hyper souriant ! Il fait très petit monsieur. En plus, il est sportif : à fuir !

En ce qui me concerne, j'ai pris les grands moyens pour lui faire savoir que je ne veux rien savoir. Si, par malheur, je le trouve sur mon chemin en direction de l'école, j'accélère ou ralentis le pas. Ou bien je traverse la rue et marche sur l'autre trottoir. À la cafétéria, je ne le vois pas : volontairement.

Il a fini par comprendre, j'imagine. Il ne m'attend plus jamais à la sortie de l'école pour que nous fassions le trajet du retour ensemble, son frère Chad, lui et moi.

Je ne m'inquiète pas à son sujet. Pour un nouveau fraîchement débarqué en plein milieu d'année scolaire, il s'adapte plutôt bien.

Sans compter que plusieurs filles lui font les yeux doux. De tout évidence, elles ne demandent pas mieux que de l'aider à s'intégrer.

Même Hilary Duff, hier après-midi, disait à Emma :

- Je te jure que je ne lui ferais pas mal, au châtain aux yeux bleu !

Et Hilary, ce n'est pas n'importe qui ! Elle a été reconnue officiellement, à l'unanimité, BEAUTÉ DIVINE de EAST HIGH. Moitié suédoise, moitié américaine, blonde, yeux gris, voix grave et sensuelle : elle ressemble à une actrice hollywoodienne. Bien roulée pour ses dix-sept ans, elle roule ses «r» et porte un soutien-gorge en dentelle sous ses vieux tee-shirts blancs. Les langues sales affirment qu'elle le bourre de Kleenex : elles sont évidemment jalouses et plates comme des planches à repasser.

Hilary n'est jamais à cours de soupirants. Elle a le don de faire soupirer les gars. Ils sont attirés pas elle comme les papillons nocturnes pas une ampoule électrique allumée. Et ils s'y brûlent. À tour de rôle. En rêvant de l'épouser un jour.

Moi, je ne me marierai jamais. C'est trop débile un couple. Même deux personnes très intelligentes deviennent complètement gaga, une fois ensemble.

Mes parents, pas exemple, ne sont pas des imbéciles. Pourtant, dès qu'ils sont en contact, tout s'effondrent, sauf la maison. Ils m'ennuient avec leur histoire. Toujours la même : l'un n'en fait jamais assez pour l'autre, convaincu d'en faire trop ! Tellement occupés à se chicaner, ils en oublient facilement mon existence. Je fais partie de leur décor : un beau meuble, quoi !

Qu'ils mangent de la crotte ! Ils ont l'air d'aimer ça.

Syntaxe ! C'est encore occupé chez Monique ! Une heure et demi que j'essaie de la joindre. Une vraie pie, celle-là !

Tant pis ! C'est l'occasion rêvée d'utiliser le beau papier à lettres imprimé de nuages qu'elle m'a offert comme cadeau d'adieu.

C'était tellement triste, ce jour-là. Accrochées l'une à l'autre, nous pleurions comme des fontaines jumelles sur le trottoir. En jurant-crachant de ne jamais nous oublier.

Mon père s'est mis à klaxonner. L'heure du grand départ avait sonné.

Je suis montée dans la voiture, le cadeau de Monique collé sur mon coeur, le visage bouffi par mes larmes.

Elle m'envoyait la main. J'ai fermé les yeux, j'avais trop mal.

Allo Monique,

Comme ce n'était pas possible de t'avoir au téléphone, j'ai décidé de t'écrire.

Je m'ennuie beaucoup de toi. Et je m'ennuie tout court.

Je n'ai pas encore trouvé de meilleure amie à Los Angeles. J'ai quelques bonnes copines, mais je n'arrive pas à me dégêner complètement avec elles.

Penses-tu à moi de temps à temps ? C'est toujours moi qui fais les premiers pas ! Je commence à être tannée, mais je t'aime beaucoup quand même.

Est-ce que la grande Hilton a fini par me remplacer dans ton coeur ? Je l'ai toujours soupçonnée de vouloir prendre ma place. Je ne l'aime pas beaucoup cette pimbêche-là !

T'intéresses-tu toujours autant aux garçons ? Moi, je les trouve niaiseux et bébé lala.

Tu salueras tes parents de ma part. Je t'envie un peu d'être leur fille.

Vanessa, xxx

P.S.: Los Angeles, ce n'est pas le bout du monde. J'espère toujours te voir traverser le fleuve !


Je plie la lettre, la glisse dans son enveloppe et la planque au hasard entre deux livres de ma bibliothèque. Monique ne mérite même pas de la recevoir.

Dehors, Zac Efron s'amuse à lancer son ballon au panier. Ça m'énerve. Pourtant, j'aime ça, le basket-ball.

Le téléphone sonne enfin ! C'est sûrement Monique ! La télépathie, ça existe, non ?

Je décroche, confiante. Ma mère a déjà répondu. Déçue, je raccroche. Pas de Monique au bout de fil, mais Lily Efron, la mère des trois moineaux d'à côté. Maman, qui n'a pourtant jamais été portée sur le voisinage, aura sa meilleure amie avant moi, si ça continue !


- Minou Chéri, Lily demande si tu pourrais apporter les notes de cours de maths à Chad, demain. Je lui ai dit que tu passerais après l'école.

- Syntaxe ! C'est à toi qu'elle l'a demandé ou à moi ?

- Si toi tu étais malade, tu n'apprécierais pas qu'on te rende service ?

- Oui, mais c'est pas aux Efron que je le demanderais !

- Franchement, Vanessa, des fois tu me décourages !

- Toi aussi !


Il n'aurait pas pu être dans une autre classe, Carotte Poilue !

# Posté le jeudi 13 septembre 2007 00:27

Modifié le jeudi 14 août 2008 11:17

Chapitre 5

Chapitre 5
J'ai lambiné autant que j'ai pu après le dernier cours : demandé inutilement des explications à la prof de géo, erré dans les corridors à la recherche de rien du tout et failli m'égarer volontairement en me rendant à destination.

Je n'ai encore jamais mis les pieds chez les Efron. Ça ne manquait pas à ma culture non plus !

J'ai l'air de quoi en ce moment, à poireauter sur le balcon avec mon sac à dos et mon hésitation chronique ? Je n'ai pas envie de franchir le seuil.

Je suis cuite ! Je n'ai même pas sonné que la porte s'ouvre.

David, le gros petit dernier de la descendance, m'accueille du haut de ses quatre ans et quart.

Sûr de lui, il me lance :


- Zac, il a dit qu'on ne te mangerait pas !

- Bonjour Vanessa ! C'est vraiment gentil d'être venue, me dit Lily Efron en refermant la porte.

- C'est vrai, hein, maman ! On ne fera pas comme l'ogre de mon livre ! On ne va pas la manger, la fille d'à côté ?

- Non, David, nous ne la mangerons pas, répond-elle à l'enfant traumatisé par le conte de fées. Si ça peut te rassurer, ce soir nous mangeons des hamburgers steaks, ajoute-t-elle en me souriant.

- Pourquoi c'est pas des vrais hambugers ? réplique-t-il, l'air vachement déçu.

- Je vais t'expliquer, mais, avant que dirais-tu si nous nous occupions de notre invitée ?

- Non ! Je veux le savoir tout de suite ! ajoute-t-il en se croisant les bras.


Lily Efron me fait signe de la suivre. Soulagée de savoir que je ne finirai pas en rôti, parmi la purée et le brocoli, je me laisse guider.

- Chad t'attend dans sa chambre, me dit-elle. Il est très inquiet d'avoir raté ses cours de maths. C'est ici, fait-elle en s'arrêtant devant une porte entrouverte. Je vous laisse, David et moi avons des boulettes à préparer !

Elle ajoute à l'intention de Carotte Poilue :

- Chad, ta gentille professeure privée est arrivée.

- Allô ! me dit-il de sa voix faible et enrouée en m'apercevant.


Il a les yeux cernés, le nez rouge, le teint livide et il renifle constamment. Je veux bien faire des maths avec lui, mais je ne tiens pas à attraper son microbe. Je garde mes distances.

Nous sommes dans la même classe depuis plusieurs semaines déjà et c'est la première fois que nous nous adressons plus qu'une parole.

Il est plutôt gentil. En tout cas, beaucoup moins chiant que son frère ainé. Ce n'est pas difficile !

Il n'est pas aussi bouché en maths qu'il le prétend. Je lui demande pourquoi il panique à cause de l'examen d'après-demain.

- Comme prof, Vanessa, tu es dix fois plus douée que M. Bolton. Un vrai téteux, celui-là.

C'est fou ce que les compliments ont comme effet sur moi. Je rougis comme une feuille en automne. En espérant la neige pour me cacher dessous !

- Je l'aime bien, moi, ce prof !

- Pas moi ! Il faudrait toujours avoir compris avant qu'il commence à expliquer ! dit-il en s'étouffant.


À force de tousser, il a le visage qui se colore à vue d'oeil, son teint passant du blême au bleu. Pas très rassurant !

- Tu es sûr que ça va ?

- Il paraît qu'on n'en meurt pas, ma mère médecin l'a dit ! fait-il en se levant de sa chaise. Tu m'excuses une minute, je vais aller prendre du sirop.


Comme il s'apprête à quitter la pièce, Zac apparaît dans l'embrasure de la porte, une feuille de dessin en main.

- J'ai fini mon chef-d'oeuvre ! dit-il à Chad, étouffé de plus belle. Allô Nessa ! ajoute-t-il.

Chad a disparu. Zac pénètre dans la chambree. À petits pas. Je plonge ma tête dans le cahier d'exercices de Chad et j'efface une réponse au hasard.

Je refais le calcul. Enfin, j'essaie de me concentrer sur les chiffres. Je ne vois qu'un polo bleu ciel ! Et des yeux bleu ciel !


- Les maths, c'est l'enfer de Chad, me dit Zac en se rapprochant.

Ça me démange de répliquer :

« Zac Efron, c'est l'enfer de Vanessa Hudgens ! »

Je me tais. Il serait trop content de me voir dépenser ma salive pour lui !

Je trouve que Chad met bien du temps à avaler sa cuillerée de sirop.

Zac s'assoit sur le lit de son frère en déposant sa feuille à côté de lui :


- Est-ce que tu aimes ?

- Les maths ?

- Non, mon dessin.


Je lève les yeux et surprends son regard. Il me sourit de toutes ses dents et plisse le nez en attendant ma réponse. Je ne peux pas voir son dessin d'où je suis. Et je n'ai pas envie de me lever pour aller voir !

À l'instant même, Chad nous rejoint et s'exclame, en apercevant le soi-disant chef-d'oeuvre :

- WOW ! C'est super, Zac ! Super-Extra-GÉnial !

Piquée par la curiosité, je m'avance pour admirer à mon tour. WOW ! C'est effectivement Super-Extra-Génial ! comme dit Chad. Enfin, pour un sportif, disons qu'alias Bleu-Ciel ne dessine pas trop mal.

- Zac participe ai concours organisé par les producteurs de lait, ajoute Chad, enthousiaste.

- J'ai vu les affiches à l'école : LA SOIF DE VIVRE. Pas évident comme thème ! dis-je en évitant de regarder ZAC.

- Elle est vraiment extra, ta peinture, mais j'entends les maths qui m'appellent ! dit Chad.


Feignant le découragement le plus total, il se prend la tête à deux mains en retournant à sa table de travail.

J'ai devant les yeux une aquarelle étrange. Curieux paysage à la fois cruel et doux : à mi-chemin entre le soleil et un gros nuage noir, un garçon et une fille, main dans la main, sur un arc-en-ciel. Lastre émet des rayons blanchâtres effleurant à peine le couple. En bas, le terre, minuscule et écrabouillée dans la paume d'une énorme main ensanglantée. Je ressens un malaise à la vue de cette fine pluie de sang. On dirait du sang réel et frais. À l'extrème droite, en haut, il est écrit : LA LUMIÈRE BLANCHE.

Intriguée, je demande à Zac :

- Pourquoi ce titre ?

- Je ne pourrais pas l'expliquer avec des mots... Je... Je sentais que ça devait s'appeler comme ça, répond-il, l'air un peu gêné.

- SOIF DE VIVRE, LAIT, LUMIÈRE BLANCHE, c'est pas fou, après tout ! Et qu'est-ce qu'ils font, perchés entre ciel et terre, ces deux-là ?

- Il dansent. Et ils s'aiment.


À présent, c'est sur moi que fonce la gêne. Et elle me rentre dedans à plaine vitesse !

Un silence de mort plane soudainement dans la pièce. Je le trouve insupportable. Mal à l'aise, j'ai l'impression de tourner en rond dans ma tête, sans pouvoir en sortir. Au secours !


- Et toi, as-tu l'intention de participer au concours ? me demande-t-il.

Sauvée par la question, je réponds très très sérieusement :

- Tu sais, je dessinais pas mal quand j'allais à la garderie ! J'en ai beaucoup perdu depuis le temps !

Nous éclatons de rire. Je suis de nouveau troublée par son regard, mais je me ressaisis :

- Elle est vraiment belle ton aquarelle. Je te souhaite de gagner !

- Tu es gentille, me dit-il de sa voix bleu ciel, en plongeant son regard bleu ciel dans les miens...


Une voix bleu ciel ? Je charrie un peu, non ?


- ... quand tu ne sors pas tes griffes !

- Quoi ? je demande en revenant sur terre.

- Tu es gentille quand tu ne sors pas tes griffes !


Le salaud ! Non, mais pour qui il se prend ? Pour un autre, c'est sûr ! Il m'énerve ! Il m'énerve ! IL M'ÉNERVE !

- Zac ? Hilary te demande au téléphone, dit Lily Efron en frappant discrètement sur la porte ouverte.

Tiens ! Tiens ! La belle Hilary Duff ! Qu'il aille donc la rejoindre sur son arc-en-ciel de... merde ! Qu'est-ce que ça peut me faire ? Après tout, je suis ici pour expliquer des maths à Chad !

Chad ! Un peu plus et je l'oubliais, celui-là.

Je rejoins mon coéquipier, heureuse de tourner le dos au grand fendant !


- Travaillez bien ! dit-il en amorçant sa sortie.

- C'est ça ! je réponds, indifférente.


En moi-même, je pense : « Bon débarras ! »

- Dis donc, qu'est-ce qu'il t'a fait, mon frère ? me demande Chad, mine de rien.

Si je m'attendais à ça ! Je... Je n'ai...

- Rien ! Tu parles d'une question !

- Ah bon ! J'aurais juré qu'il t'avait fait un coup de cochon... C'est pourtant pas son genre !

- On le finit, ce numéro treize, oui ou non ? dis-je sèchement.

- Les nerfs, Vanessa. Y a pas le feu !

- Y a peut-être pas le feu, mais moi, je n'ai pas que ça à faire ! J'ai mon piano à pratiquer !


Je m'en veux de lui avoir parlé sur ce ton. Je voudrais m'excuser, mais je ne réussis pas à marcher sur mon orgueil.


# Posté le dimanche 16 septembre 2007 23:10

Modifié le jeudi 14 août 2008 11:20

Prévenus !!!

Prévenus !!!


Si vous voulez être prévenus, laissez un commentaire ici. Il y a 20 places de disponible et c'est premier arriver premier servi. Alors, à vos claviers.

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P.s.: N'hésitez pas à faire connaître mon blog à vos amis. Ça serait apprécié.

# Posté le lundi 17 septembre 2007 14:44

Modifié le jeudi 14 août 2008 11:37

Chapitre 6

Chapitre 6


Si je ne suis pas allée aux toilettes quinze fois depuis une heure, je n'y suis pas allée une fois !

Quelle idée, aussi, d'avoir accepté de participer à cette fichue soirée de fin d'année !

Je me fais avoir à tout coup ! Une vraie poissonne ! J'ai encore mordu à l'hameçon de mon gentil-papa-tellement-content-de-voir-sa-fille-chérie se donner en spectacle ! Qu'est-ce qu'on ferait pas, des fois, pour faire plaisir à son père !

De mon côté, plus ça va, moins ça va entre Mozart et moi.


- T'inquiète pas ! murmure Ashley en me tapant amicalement sur l'épaule.

Elle est bien placée pour dire ça, elle ! Deux-trois déhanchements dans une chorégraphie de danse créative, et le tour est joué ! Et elle n'a plus à se faire suer : elle a déjà eu sa part d'applaudissements !

C'est tout de même gentil de m'encourager. Je suis sur le gros nerf. J'ai la trouille. Non, pas la trouille : la chienne !


- C'est à ton tour, Vanessa !

Affronter le grand trou noir rempli de parents qui feront poliment semblant de ne pas s'emmerder.

- Merde ! me crie Ashley en croisant les doigts.

J'ai encore envie de pipi ! Pas le temps !

Je me jette dans la gueule du loup. Dans la fosse aux lions. Sur le piano sans queue.

J'entame le concerto. En implorant Mozart de m'aider pout que je ne fasse pas une folle de moi.

Et ça marche !

Je n'ai pas perdu pied. Ni connaissance. Mais je me jure qu'entre Mozart et moi, c'est terminé ! Que le coeur de mon père vole en éclats comme une assiette qu'on lance sur un mur, tant pis ! Je ne suis pas responsable de sa santé mentale !

Hilary Duff, la belle coanimatrice nordique à la voix chaude comme les tropiques, annonce au micro :


- Après Mozart, Tit-Pite et Tite-Pitoune, un duo d'humoristes bien de chez nous !

Je cours aux toilettes et retourne en coulisses, sur des jambes molles-molles-molles comme de la guenille.

- Vanessa ! Vanessa !

Je fais volte-face. Ah non ! Pas lui !

- C'était super-extra-tout-ce-que-tu-voudras ! me dit Zac Efron en m'apostrophant.

Il tient mon bras. Je me fige. Je recule. Il me lâche. Je le remercie en cherchant Ashley Tisdale du regard. Mon coeur bat fort. Je respire fort. Je mets ça sur le dos du concerto. Je repère enfin ma copine derrière le rideau. Je m'empresse de la rejoindre.

La salle au grand complet se tord de rire. Les coulisses aussi. Tite-Pitoune imite Mme la directrice en débitant un sermon assomant et parfaitement débile à Tit-Pite le drop out, oh pardon, le décrocheur, qui se fout carrément de sa gueule, au grand plaisir de l'assistance : parents et rejetons, ne l'oublions pas !

La directrice doit rire au moins jaune pâle. Pour une fois que c'est elle qui mange le plat devant tout le monde !

Tit-Pite et Tite-Pitoune ont droit à l'ovation debout. Le public en redemande. Le duo adulé gagne les coulisses. Retourne saluer la ribambelle de parents bruyants. Les larmes montent aux yeux de Tite-Pitoune. Nous sommes tous émus pour elle. Dire qu'elle est discrète et gênée comme deux, au naturel !

Hilary Duff reprend le micro et remercie la paire gagnante :


- Pour terminer, j'ai une dernière surprise pour vous ...

Sur ce, Mme la directrice en personne monte sur scène, avec toute la prestance qu'on lui connaît.

Impossible de voir si elle souffre d'avoir été la dinde d'une farce TITE-PITOUNIENNE, c'est-à-dire très très épicée.


- N'ayez crainte, je ne vous retiendrai pas longtemps avec mon sermon, fait-elle en souriant.

Rires dans la salle. Elle se taît. Elle sourit : un sourire coquin qu'on ne lui connaît pas. Puis elle enchaîne :

- Je crois bien être la seule, ici, à ne pas savoir de qui tout le monde riait. Quelqu'un dans cette salle aurait-il la gentillesse de me le dire ?

Bien joué, Mme la directrice ! Elle a droit à sa propre ovation et aux sifflements d'étudiants oubliant, le temps d'un rire, qu'en général elle n'a pas un aussi bon sens de l'humour.

Le rire s'estompe. La directrice n'a pas les yeux pleins d'eau mais pas loin !

Elle fait à présent l'éloge des extraordinaires talents dont EAST HIGH est décidément bourrée.

- Chacun, chacune ayant contribué au succès manifeste de ce spectacle, j'invite maintenant tout ce beau monde à revenir sur la scène.

J'emboîte le pas à Ashley Tisdale en me faisant toute petite.

Nous avons droit à des applaudissements monstres. Malgré les spots qui nous assaillent de tous bords tous côtés, j'entrevois Zac Efron, debout dans l'allée de droite, le dos appuyé au mur à une quinzaine de rangées de l'estrade.

Il applaudit. En mangeant Hilary Duff des yeux, sûrement : elle est juste à côté de moi.

Je regarde ailleurs. Le bruit cesse. Tout ce beau monde, dont je fais partie, reste planté là ; nous ne savons pas trop si nous devons maintenant quitter la scène ou non.

Quelques étudiants s'apprêtent à retourner en coulisses.


- Attendez, attendez ! ... Même les directrices aiment se réserver un punch pour la fin !

Sur ce, elle reprend son air fier, pour ne pas dire hautain, tient son public en haleine, le fait languir, la sadique ! Elle ouvre enfin la bouche : lentement, lentement ...

- Avant de clore cette magnifique soirée, j'ai l'immense plaisir de vous annoncer une primeur ...

Elle nous fait suer et elle a franchement l'air d'aimer ça !

- Un étudiant de la polyvalente EAST HIGH verra le fruit de son talent et de ses efforts affiché sur des panneaux publicitaires partout à travers le pays. Il a remporté le premier prix du concours LA SOIF DE VIVRE, organisé par la Fédérétion des producteurs de lait en collaboration avec le ministère de la Santé, avec son dessin intitulé La lumière blanche. Je demande au récipiendaire de bien vouloir monter sur scène, et j'ai nommé ... Zac Efron.

Hilary Duff me serre le bras en échappant un petit cri strident. Je la dévisage avec l'air le plus bête que je me connaisse en me poussant d'un pas vers Mandoline.

Il est peut-être fendant, Zac Efron, mais c'est vrai qu'il a du talent.

Il s'amène lentement, l'air à la fois timide et content. Il déambule parmi les applaudissements et le gros paquet de regards braqués sur lui. Il esquisse des sourires et baisse aussitôt la tête. Puis la relève en plissant le nez. Il rejoint la directrice. Elle l'embrasse sur les joues. Il dit tout bas, mais assez fort pour qu'on l'entende, quand même :


- J'en reviens pas !

Puis il répète cette phrase au moins trois fois, en hochant la tête. C'est fou ! Je me sens rouge comme une tomate mûre-mûre-mûre !

La directrice clôt finalement la soirée en nous souhaitant un bel été.

Je m'apprête à féliciter l'heureux gagnant, mais Hilary Duff ne se gêne pas pour me pousser poliment. Non seulement elle se précipite sur Zac, mais elle lui saute carrément au cou. C'est clair comme de l'eau de roche : Petit-Monsieur ne déteste pas ! Le pire, c'est qu'ils font un sacré beau couple, ces deux-là !

Ça ne m'intéresse pas de jouer les seconds violons, ni les cinquièmes roues du carosse, ni les troisièmes roues de la bicyclette, ni les pneus de rechange de la BM !

Je lance discrètement un bravo ! en passant devant alias Bleu-Ciel et sa Beauté Divine, et je fous le camp à toute vitesse.


# Posté le lundi 17 septembre 2007 23:08

Modifié le jeudi 14 août 2008 12:11

Chapitre 7

Chapitre 7

- Vanessa, viens-tu avec nous au comptoir laitier ?

Chad m'interpelle comme je partais. Il ajoute :

- Après tout, les vacances, ça s'arrose !


À part dire bonjour à Ashley et saluer les copines, je n'ai qu'une idée en tête : rentrer chez moi. Même si rien ni personne ne m'y attend, sinon ma chambre. Mon abri. Ma cellule : la moins cancéreuse de la maison. Ah ! Que je suis drôle !

Je décline son offre. Spontanément. Ashley et les autres y vont, le coeur joyeux et léger comme une boule de yogourt glacé.


- Lâcheuse !


- Casseuse de party !

- T'es plate, Hudgens !


Et quoi encore ? Ils n'ont pas tort. C'est vrai que je suis plate. ET pas à peu près !

- Viens donc ! insiste Ashley en tirant sur la manche de mon chandail.

- Pas envie !

Elle rejoint les autres en courant. Je marche en sens inverse.

En ce moment, je n'ai pas le coeur léger comme une boule de yogourt glacé mais pesant comme un bloc de béton. Je peux bien avoir de la misère à mettre un pied devant l'autre !

Au moins, aujourd'hui, je n'ai pas vu le grand fendant Bleu-Ciel ! Ni sa Beauté Divine !

********

Syntaxe de merde ! Qu'est-ce que j'ai ? J'ai beau me parler dans la face devant le miroir : « Voyons Hudgens, secoue-toi ! Remue-toi ! Botte-toi le derrière ! Fais une grande fille de toi ! Tu es capable ! » Rien à faire !

ÇA-NE-MARCHE-PAS !
JE-NE-ME-CROIS-PAS !

Je paralyse. Je n'ai envie de rien faire, de voir personne. J'ai juste envie de disparaître ! Sans laisser d'adresse.

Je ne me reconnais plus. Où est la fille tannante, fonceuse, dégourdie qui n'avait peur de rien à part des araignées ? Je me sens comme une étrangère dans ma propre maison. Comme si on avait rénové l'intérieur en mon absence et qu'on me démandait maintenant de m'y retrouver !

Merde ! Qu'est-ce qu'il a ce gars pour me revirer sens dessus dessous comme des tiroirs de commode ? Si par malheur je croise son regard, je me mets à fondre comme un popsicle au soleil ! À ce rythme-là, je ne serai plus qu'une toute petite flaque.

Ça me choque de l'admettre, mais le visage de Zac réapparaît à mon esprit à la manière de boomerang : j'ai beau l'envoyer promener, il revient tout le temps. Ça me fait suer ! Un côté de moi a envie de dire : « Reste ! », et l'autre : « Achale-moi pas ! »

De tout façon, à côté d'Hilary Duff, je ne fais pas le poids. Elle a tout pour elle, ELLE ! Et des bonus ! Je ne vois pas pourquoi un gars comme lui se donnerait la peine d'aller voir ailleurs quand la déesse de EAST HIGH lui tourne autour et ne demande pas mieux que de lui mettre le grappin dessus !

Je ne suis pas une Vénus, moi ! Ordinaire, quoi !

C'est bizarre, avant aujourd'hui, je ne m'étais pas arrêtée à ÇA, la beauté. Il y a bien assez de ma mère qui en a fait sa profession ! Son obsession aussi ! Un million de petits pots de crème : pour chaque heure du jour et de la nuit, pour chaque petit recoin de la peau. Je vous garantis qu'elle en met du temps à composer le visage de ses rêves, à mettre en évidence ses beaux grands yeux pers. Évidemment, il a fallu que j'hérite des yeux de mon père : petit, marron, tout ce qu'il y a de plus banals !

Moi, je n'ai rien à cacher. Rien à montrer non plus !

Hilary, ELLE, n'a pas le moindre millimètre à rehausser : la nature s'en est chargée. Et elle n'a pas été chiche !

Si Monique m'entendait penser, elle en tomberait de sa chaise ! Elle me dirait : « Tiens ! Tiens ! ESt-ce que les gars seraient tout à coup moins gaga et moins bébé lala ? Welcome to the club, miss Hudgens ! »

Aussi bien ne rien lui raconter. Elle tournerait ça en blague et ça risquerait de tourner au vinaigre : déjà que ça ne tourne pas rond chez moi !

Ce serait plus facile de parler à Ashley. Je la trouve vraiment sympa, cette fille. Elle, c'est une vraie spécialiste des histoires de coeur, son sport préféré, comme elle dit. Je ne sais pas comment elle fait. Moi, j'aurais bien du mal à la suivre dans ses marathons. Je serais plutôt du genre à me figer sur la ligne de départ ! Je suis par contre beaucoup plus dégourdie qu'elle... en maths.

Pour le moment, la seule chose qu'il me reste à faire, c'est de balayer une fois pour toute le grand fendant de mes pensées. Il n'a pas d'affaire là, c'est clair !

Ce n'est pas parce que Hilary Duff le trouve de son goût que je suis obligée de faire pareil !

Je suis tout de même un peu tarte de ne pas être allée me bourrer la fraise avec les autres, au lieu de me ronger les sangs ! Et les ongles.

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Les mères sont parfois nos meilleurs ennemies !

J'aurais dû me douter qu'il fallait se méfier de Lily Efron !

Sourire fendu jusqu'aux yeux ( de quoi lui faire pousser deux rides de plus), maman vient de m'anoncer que nous n'irons pas, comme prévu, passer ses deux premières semaines de vacances à notre chalet du nord de la Californie.

Notre chère voisine nous invite à partager la villa qu'elle loue chaque été, au bord de la mer, à Wells.

Eva Parker, que j'ai le malheur d'avoir pour mère... a dit oui, comme de raison ! Et elle est toute surprise que je ne trouve pas ça super-ultra-chouette-et-absolument-merveilleux !

Nous partons pour le Maine, mères et «flos». Je n'ai pas mon mot à dire ! Et il est hors de question que je reste seule à Los Angeles pendant que mon père travaille !

On sait bien : je suis en âge de garder des bébés le soir, mais pas de me garder le jour !

Qu'est-ce que je vais faire, moi, à Wells, dans la même maison que le grand fendant ?


# Posté le dimanche 23 septembre 2007 18:38

Modifié le jeudi 14 août 2008 13:51