- Vanessa ? Zac demande si tu veux pratiquer tes lancers de punitions, me crie ma mère du salon.
On sait bien, son frère cloué au lit par le rhume, il pense à m'inviter ! Tu sauras, Zac Efron, que je ne suis le bouche-trou de personne !
- Non ! Ça me tente pas !
Bon, ça y est ! Elle va même se donner la peine d'interrompre sa querelle quotidienne avec papa pour essayer de me faire changer d'idée. Ça m'achale !
Elle frappe discrètement à ma porte, sur laquelle il est pour écrit : PAS DE COLPORTEURS !
- Quoi ?
Elle entre, sourit, fait un pas :
- Voyons, Vanessa, tu aime ça, le basket-ball ! Pourquoi tu n'y vas pas ?
- Ça me tente pas !
- Un peu d'exercice ne te ferait pas de tort, insiste-t-elle. Tu passes de plus en plus d'heures cloîtrée dans ta chambre ; ce n'est pas très sain !
- J'ai dit non ! N-O-N, NON ! C'est pas du chinois, à ce que je sache !
Elle sort sa dernière carte :
- Ce garçon est tellement gentil, pourquoi es-tu si distante avec lui ?
Je ne réponds pas.
- Il te chamboule à ce point-là, Minou Chéri ? dit-elle en amorçant un pas vers moi.
Je la fusille du regard. Elle se heurte à mon silence : barrière à ne pas franchir ! Elle referme la porte derrière elle, l'air découragé.
Ce garçon est tellement gentil ! Pouah ! Je ne sais pas comment j'ai pu le trouver beau une seule fraction de seconde ! Il est laid comme un pou ! D'accord, ce n'est pas une laideur. En tout cas, il m'énerve ! Toujours super poli, extra calme, hyper souriant ! Il fait très petit monsieur. En plus, il est sportif : à fuir !
En ce qui me concerne, j'ai pris les grands moyens pour lui faire savoir que je ne veux rien savoir. Si, par malheur, je le trouve sur mon chemin en direction de l'école, j'accélère ou ralentis le pas. Ou bien je traverse la rue et marche sur l'autre trottoir. À la cafétéria, je ne le vois pas : volontairement.
Il a fini par comprendre, j'imagine. Il ne m'attend plus jamais à la sortie de l'école pour que nous fassions le trajet du retour ensemble, son frère Chad, lui et moi.
Je ne m'inquiète pas à son sujet. Pour un nouveau fraîchement débarqué en plein milieu d'année scolaire, il s'adapte plutôt bien.
Sans compter que plusieurs filles lui font les yeux doux. De tout évidence, elles ne demandent pas mieux que de l'aider à s'intégrer.
Même Hilary Duff, hier après-midi, disait à Emma :
- Je te jure que je ne lui ferais pas mal, au châtain aux yeux bleu !
Et Hilary, ce n'est pas n'importe qui ! Elle a été reconnue officiellement, à l'unanimité, BEAUTÉ DIVINE de EAST HIGH. Moitié suédoise, moitié américaine, blonde, yeux gris, voix grave et sensuelle : elle ressemble à une actrice hollywoodienne. Bien roulée pour ses dix-sept ans, elle roule ses «r» et porte un soutien-gorge en dentelle sous ses vieux tee-shirts blancs. Les langues sales affirment qu'elle le bourre de Kleenex : elles sont évidemment jalouses et plates comme des planches à repasser.
Hilary n'est jamais à cours de soupirants. Elle a le don de faire soupirer les gars. Ils sont attirés pas elle comme les papillons nocturnes pas une ampoule électrique allumée. Et ils s'y brûlent. À tour de rôle. En rêvant de l'épouser un jour.
Moi, je ne me marierai jamais. C'est trop débile un couple. Même deux personnes très intelligentes deviennent complètement gaga, une fois ensemble.
Mes parents, pas exemple, ne sont pas des imbéciles. Pourtant, dès qu'ils sont en contact, tout s'effondrent, sauf la maison. Ils m'ennuient avec leur histoire. Toujours la même : l'un n'en fait jamais assez pour l'autre, convaincu d'en faire trop ! Tellement occupés à se chicaner, ils en oublient facilement mon existence. Je fais partie de leur décor : un beau meuble, quoi !
Qu'ils mangent de la crotte ! Ils ont l'air d'aimer ça.
Syntaxe ! C'est encore occupé chez Monique ! Une heure et demi que j'essaie de la joindre. Une vraie pie, celle-là !
Tant pis ! C'est l'occasion rêvée d'utiliser le beau papier à lettres imprimé de nuages qu'elle m'a offert comme cadeau d'adieu.
C'était tellement triste, ce jour-là. Accrochées l'une à l'autre, nous pleurions comme des fontaines jumelles sur le trottoir. En jurant-crachant de ne jamais nous oublier.
Mon père s'est mis à klaxonner. L'heure du grand départ avait sonné.
Je suis montée dans la voiture, le cadeau de Monique collé sur mon coeur, le visage bouffi par mes larmes.
Elle m'envoyait la main. J'ai fermé les yeux, j'avais trop mal.
Allo Monique,
Comme ce n'était pas possible de t'avoir au téléphone, j'ai décidé de t'écrire.
Je m'ennuie beaucoup de toi. Et je m'ennuie tout court.
Je n'ai pas encore trouvé de meilleure amie à Los Angeles. J'ai quelques bonnes copines, mais je n'arrive pas à me dégêner complètement avec elles.
Penses-tu à moi de temps à temps ? C'est toujours moi qui fais les premiers pas ! Je commence à être tannée, mais je t'aime beaucoup quand même.
Est-ce que la grande Hilton a fini par me remplacer dans ton coeur ? Je l'ai toujours soupçonnée de vouloir prendre ma place. Je ne l'aime pas beaucoup cette pimbêche-là !
T'intéresses-tu toujours autant aux garçons ? Moi, je les trouve niaiseux et bébé lala.
Tu salueras tes parents de ma part. Je t'envie un peu d'être leur fille.
Vanessa, xxx
P.S.: Los Angeles, ce n'est pas le bout du monde. J'espère toujours te voir traverser le fleuve !
Je plie la lettre, la glisse dans son enveloppe et la planque au hasard entre deux livres de ma bibliothèque. Monique ne mérite même pas de la recevoir.
Dehors, Zac Efron s'amuse à lancer son ballon au panier. Ça m'énerve. Pourtant, j'aime ça, le basket-ball.
Le téléphone sonne enfin ! C'est sûrement Monique ! La télépathie, ça existe, non ?
Je décroche, confiante. Ma mère a déjà répondu. Déçue, je raccroche. Pas de Monique au bout de fil, mais Lily Efron, la mère des trois moineaux d'à côté. Maman, qui n'a pourtant jamais été portée sur le voisinage, aura sa meilleure amie avant moi, si ça continue !
- Minou Chéri, Lily demande si tu pourrais apporter les notes de cours de maths à Chad, demain. Je lui ai dit que tu passerais après l'école.
- Syntaxe ! C'est à toi qu'elle l'a demandé ou à moi ?
- Si toi tu étais malade, tu n'apprécierais pas qu'on te rende service ?
- Oui, mais c'est pas aux Efron que je le demanderais !
- Franchement, Vanessa, des fois tu me décourages !
- Toi aussi !
Il n'aurait pas pu être dans une autre classe, Carotte Poilue !