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Chapitre 1

Chapitre 1

On se croirait en plein roman fantastique. Ma mère est au bord de la crise de nerfs. L'ambulance vient d'arriver.

Deux types, l'un gros, l'autre pas, s'amènent dans ma chambre avec une civière. Ils ont bel et bien l'intention de me clouer dessus. Le gros monsieur joufflu pose des questions. Ma mère répond que je suis née le 8 avril 1970...

Le maigrichon hausse les sourcils :

- En tout cas, si elle a trente-sept ans, elle est bien conservée !

Blême comme un drap, ma mère échappe un petit rire nerveux suivi d'un hoquet, s'excuse et précise, toujours en hoquetant, qu'elle a donné sa propre date de naissance.

Ma mère reprend son souffle et ses esprits :

- Elle, comme vous dites, c'est ma fille ! Elle s'appelle Vanessa Hudgens. Elle est née le 4 octobre 1990... Elle a effectivement 17 ans et non trente-sept. À présent, dépêchez-vous donc de lui sauver la vie !

Les deux hommes s'exécutent. Willie, mon chat, ronronne à mes pieds, sous les couvertures. En l'apercevant, la face de saucisson recule vivement d'un pas. Il s'empresse de mentionner sa grande allergie à toute espèce de bibites à poil et ordonne qu'on chasse la bête.

Pas bête du tout, Willie s'en va de lui-même. Il est, quant à lui, allergique aux « airs bêtes » de cet espèce.

Décidément, maman persiste à croire que les ambulanciers incompétents. Ils ont beau me déposer très très doucement sur la civière, elle leur crie de manipuler CE PAUVRE CORPS D'ENFANT avec plus de délicatesse :

- Vous voyez bien qu'elle est entre la vie et la mort ! Ce n'est pas une raison pour l'achever, imbéciles !

- Chère madame, de toute évidence, vous n'êtes pas ambulancière, mais il n'est pas trop tard pour vous recycler ! dit le gros monsieur joufflu.


Maman se tait. On dirait qu'elle va pleurer. Ça y est : elle pleure.

- Excusez-moi, madame. Je ne voulais pas vous blesser, dit l'ambulancier bedonnant d'une voix pleine de douceur, en lui pressant légèrement l'épaule.

- Ça n'a rien à voir avec vous... Je suis tellement inquiète pour Vanessa ! dit-elle entre deux soupirs.


Le maigrelet lui tend quelques mouchoirs, mais elle ne les voit pas et essuie ses larmes avec ses doigts. Pauvre maman ! Elle sanglote en murmurant « ma petite fille » et caresse mon front glacé et mes cheveux en broussaille comme elle le faisait pour m'endormir quand j'étais enfant.

Cet élan de chaleureuse tendresse maternelle me trouble un peu. Me plaît aussi. En général, ma mère est plutôt occupée à me dicter ma conduite. Et à me corriger : en long, en large et en rouge, souligné trois fois. Surtout depuis que papa ne vit plus à la maison.

Lentement mais sûrement, je me suis habituée à mes nouveaux surnoms : MON POUSSIN et GRIPETTE ! Dire qu'avant c'était MINOU CHÉRI ! Ah le Bon Jeune Temps !

Le deux hommes emportent mon corps inerte. Maman les a à l'oeil. On dépose la civière dans l'ambulance. Maman prend place à bord et continue de me flatter comme si j'étais Willie. J'ai baptisé mon chat Willie en hommage à Shakerpeare. J'ai deux idoles. L'autr, c'est Pat Metheny, le plus grand musicien de jazz de notre époque. Écouter l'un en lisant l'autre, WOW !

La sirène entame son célèbre chant. Contrairement à ce que croit ma mère, je ne suis pas du tout à l'agonie.

Voyez-vous, à l'heure où mes copines ne pensent qu'à flirter avec les gars de l'école, moi, je joue vraiment les JULIETTE. Enfin, pas tout à fait. Juliette est réellement morte pour Roméo tandis que moi, je... Disons que j'ai temporairement quitté mon enveloppe charnelle, communément appelée le corps. Pourquoi? Pour rejoindre mon Roméo. Mais à l'allure où vont les choses, notre belle histoire risque de se compliquer.

Je ne pouvais tout de même pas deviner que ma mère viendrait dans ma chambre en plein coeur de la nuit et me trouverait dans cet état !

C'est la faute de l'humidificateur ! Maman l'avait placé à côté de mon lit. Il y a un soi-disant virus dans l'air et comme je toussais un peu... Enfin, ma très chère poule de mère a eu l'idée géniale de vérifier le niveau de l'eau de l'engin. Pour couronner le tout, elle a eu la brillance d'esprit de toucher mon front. Inutile de préciser qu'il était plutôt frais, puisque je n'ai pas réintégré mon corps.

Actuellement, nous roulons en direction de l'hôpital général de Los Angeles, spécialisé dans la jeunesse malade. De tout évidence, je suis dans de beaux draps !

# Posté le dimanche 09 septembre 2007 22:15

Modifié le jeudi 14 août 2008 11:09

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